Immobilier au Québec : 21 % plus de propriétés à vendre, le marché commence à tourner en faveur des acheteurs
Si vous avez l’impression de voir beaucoup plus de pancartes « À vendre » qu’il y a un an, ce n’est pas une illusion. Le nombre de propriétés disponibles au Québec vient de bondir de 21 % en seulement douze mois.
Mais le changement le plus important ne se trouve peut-être pas dans le nombre d’annonces.
Après plusieurs années où les vendeurs pouvaient souvent imposer leurs conditions, les acheteurs commencent enfin à retrouver du choix, du temps… et surtout un peu plus de pouvoir pour négocier.
Les ventes diminuent, les propriétés s’accumulent sur le marché et certains vendeurs commencent déjà à réduire leur prix demandé.
Pour le marché immobilier québécois, le rapport de force est clairement en train de changer.
Plus de 42 000 propriétés sont maintenant à vendre
En août, le Québec comptait 42 276 propriétés résidentielles inscrites sur le marché.
C’est 7 278 propriétés de plus qu’au même moment l’année dernière.
La hausse atteint ainsi un impressionnant 21 % sur un an.
Depuis le début de 2026, le nombre de propriétés disponibles progressait déjà graduellement. Mais le mois d’août a marqué une nette accélération.
Sur l’ensemble de l’année jusqu’ici, l’inventaire est maintenant supérieur d’environ 11 % à celui de l’an dernier.
Pour les acheteurs, cela signifie une chose très concrète : beaucoup plus de choix.
Maisons, condos, plex : l’offre augmente presque partout
La hausse ne touche pas seulement un type particulier de propriété.
En août, le nombre de maisons unifamiliales à vendre a augmenté de 20 % par rapport à l’année dernière.
Pour les copropriétés, la hausse atteint 22 %.
Du côté des plex de deux à cinq logements, l’augmentation est de 21 %.
Autrement dit, le phénomène est généralisé.
Depuis le début de l’année, ce sont toutefois les condos qui connaissent la plus forte augmentation de l’inventaire, avec 18 % plus de propriétés disponibles.
Les plex suivent avec une hausse de 6 %, tandis que les maisons unifamiliales progressent de 5 %.
Pourquoi autant de propriétés restent-elles sur le marché?
La réponse est relativement simple : les acheteurs sont moins nombreux à passer à l’action.
Pendant les huit premiers mois de 2026, il s’est vendu au Québec près de 1 600 maisons unifamiliales de moins que pendant la même période en 2025.
Le recul atteint près de 2 000 transactions du côté des copropriétés.
Pour les plex, environ 300 ventes ont disparu.
Lorsque moins de propriétés se vendent pendant que de nouvelles annonces continuent d’arriver, les maisons et condos commencent naturellement à s’accumuler sur le marché.
C’est exactement ce que l’on observe maintenant.
Les acheteurs hésitent davantage
Ce ralentissement ne vient pas seulement des taux d’intérêt ou des prix des propriétés.
Les ménages doivent aussi composer avec un climat économique beaucoup plus incertain.
Les tensions géopolitiques, les inquiétudes entourant l’économie, le coût élevé de la vie et les prix immobiliers toujours importants poussent plusieurs familles à réfléchir beaucoup plus longtemps avant d’acheter.
À cela s’ajoute une croissance démographique moins forte qu’au cours des dernières années.
Le résultat est un marché où les acheteurs ressentent moins d’urgence à acheter immédiatement.
Ils peuvent visiter davantage de propriétés, comparer les options et parfois attendre qu’un vendeur devienne plus flexible.
Le pouvoir de négociation commence enfin à revenir
C’est probablement le changement le plus important pour les acheteurs.
Pendant les années les plus intenses du marché immobilier, attendre quelques jours pouvait parfois signifier perdre la propriété au profit d’un autre acheteur.
Les offres multiples et les ventes rapides forçaient plusieurs ménages à prendre des décisions sous pression.
Mais lorsque l’inventaire augmente de 21 % et que les ventes ralentissent, la dynamique change.
Les vendeurs doivent maintenant faire face à beaucoup plus de concurrence.
Une propriété trop chère peut rester sur le marché pendant plusieurs semaines pendant que de nouvelles annonces apparaissent autour d’elle.
Dans plusieurs secteurs, les acheteurs peuvent donc commencer à négocier davantage le prix, les conditions ou la date de prise de possession.
Mais attention : les prix n’ont toujours pas vraiment baissé
Voilà le paradoxe du marché québécois actuel.
Les ventes reculent. L’offre explose. Mais les prix résistent encore.
En août, le prix médian d’une maison unifamiliale au Québec s’établissait à 497 501 $.
C’est encore une hausse de 2 % par rapport à l’année dernière.
Le prix médian d’une copropriété a atteint 405 000 $, en progression d’environ 1 %.
Et les plex continuent de surprendre avec un prix médian de 715 500 $, soit une hausse annuelle spectaculaire de 11 %.
Les acheteurs ont donc davantage de choix, mais cela ne signifie pas encore que les propriétés sont devenues moins chères.
Pourquoi les prix peuvent-ils continuer à monter si les ventes baissent?
Parce qu’un ralentissement des ventes ne provoque pas automatiquement une chute immédiate des prix.
Les vendeurs peuvent d’abord décider d’attendre.
Ils peuvent laisser leur propriété sur le marché plus longtemps avant d’accepter de réduire leur prix.
Et certaines régions restent encore très compétitives, ce qui soutient les valeurs.
Il faut souvent plusieurs mois de hausse importante de l’inventaire avant que la pression commence réellement à apparaître dans les statistiques de prix.
C’est pourquoi les prochains mois seront particulièrement importants.
La situation varie énormément d’une région à l’autre
Les statistiques provinciales cachent toutefois de très grandes différences régionales.
Dans l’agglomération de Québec, par exemple, le prix médian des maisons unifamiliales a reculé d’environ 2 %.
Mais les condos ont évolué dans la direction complètement opposée, avec une hausse de 8 % du prix médian.
Cette progression accompagne une forte augmentation des ventes de copropriétés, qui ont bondi d’environ 32 % en août.
Encore plus spectaculaire : dans la périphérie nord de Québec, le prix médian des maisons unifamiliales a grimpé de 19 %.
Il est donc devenu très risqué de parler du « marché immobilier québécois » comme s’il s’agissait d’un seul marché.
Même dans un marché favorable aux vendeurs, les baisses de prix apparaissent
La région de Québec demeure globalement à l’avantage des vendeurs.
Pourtant, un autre changement intéressant est déjà visible.
Environ une transaction sur quatre est maintenant conclue après au moins une révision du prix affiché.
Pour les condos, la réduction moyenne se situe autour de 3 %.
Pour les maisons unifamiliales, elle atteint environ 4 %.
Sur une maison affichée à 600 000 $, une réduction de 4 % représente tout de même 24 000 $.
Ce n’est donc pas un détail.
Les vendeurs commencent à réagir plus rapidement
Autre signe que les conditions changent : les propriétaires attendent moins longtemps avant de revoir leur stratégie.
Pour une copropriété, la première réduction de prix survient maintenant en moyenne après environ 41 jours sur le marché.
Pour une maison unifamiliale, le délai moyen est encore plus court : 35 jours.
Les vendeurs semblent comprendre qu’une propriété trop chère peut rapidement perdre l’attention des acheteurs lorsque ceux-ci ont des dizaines d’autres options.
Le temps où l’on pouvait automatiquement afficher très haut en espérant qu’un acheteur accepte semble donc commencer à s’éloigner dans certains secteurs.
Une bonne nouvelle pour les acheteurs… mais pas encore une véritable correction
Pour quelqu’un qui souhaite acheter prochainement, le marché actuel peut être beaucoup plus confortable qu’il y a quelques années.
Plus de propriétés à vendre signifie généralement davantage de possibilités de comparer.
Moins de transactions peut aussi réduire la pression d’agir immédiatement.
Et lorsqu’une propriété reste longtemps sur le marché, le vendeur peut devenir plus ouvert à une négociation.
Mais les acheteurs doivent garder une chose en tête : le Québec n’est pas encore entré dans une baisse généralisée des prix.
Dans plusieurs régions, les valeurs continuent même de progresser.
Vendeurs : le prix demandé devient crucial
Pour les propriétaires qui pensent vendre, les nouvelles statistiques constituent aussi un avertissement.
Avec 21 % plus de propriétés disponibles qu’il y a un an, les acheteurs peuvent beaucoup plus facilement comparer votre maison ou votre condo avec les propriétés voisines.
Une propriété affichée trop cher peut donc devenir invisible face à des concurrents mieux positionnés.
Et plus elle reste longtemps sur le marché, plus les acheteurs peuvent se demander pourquoi elle ne se vend pas.
Dans le marché actuel, commencer avec un prix réaliste pourrait devenir beaucoup plus efficace que d’afficher trop haut pour réduire ensuite.
42 276 propriétés à vendre : jusqu’où l’inventaire peut-il monter?
Voilà maintenant la grande question pour l’automne.
Si les ventes continuent de diminuer pendant que de nouvelles propriétés arrivent sur le marché, l’inventaire pourrait poursuivre sa progression.
Et plus l’offre augmente, plus les vendeurs risquent éventuellement de devoir faire des concessions.
À l’inverse, une baisse des taux hypothécaires ou une amélioration de la confiance économique pourrait ramener rapidement certains acheteurs sur le marché.
Pour l’instant, les chiffres envoient toutefois un message très différent de celui des dernières années : les propriétés s’accumulent, les ventes ralentissent et les acheteurs ne sont plus obligés de courir après chaque nouvelle inscription.
Avec 21 % plus de propriétés à vendre en seulement un an, le marché immobilier québécois est clairement en train de changer. Les prix résistent encore, mais si l’inventaire continue de gonfler, l’automne pourrait devenir le véritable test pour les vendeurs.