Inflation à 3 % au Canada : l’essence fait exploser la facture, mais tout n’est pas hors de contrôle
La mauvaise nouvelle est tombée : l’inflation canadienne est remontée à 3 % en juillet.
Et cette fois, le principal coupable est facile à identifier : le prix de l’essence.
En seulement un an, les prix à la pompe ont bondi de 26 %, sous l’effet notamment des tensions persistantes au Moyen-Orient et de la hausse des prix de l’énergie.
Pour les ménages déjà coincés entre l’épicerie, l’hypothèque, le loyer et les assurances, cette nouvelle hausse fait particulièrement mal.
Mais derrière ce chiffre de 3 %, une réalité un peu moins alarmante se cache : la hausse des prix ne semble pas encore se propager partout dans l’économie.
L’essence fait bondir l’inflation
En juin, l’inflation annuelle était de 2,8 %.
En juillet, elle est montée à 3 %, soit légèrement plus que ce que plusieurs économistes anticipaient.
Sur un seul mois, les prix à la consommation ont augmenté de 0,5 %.
Mais lorsqu’on retire l’essence du calcul, le portrait change complètement.
Sans l’essence, l’inflation n’aurait été que de 2,2 %, exactement le même rythme observé au cours des deux mois précédents.
Autrement dit, une bonne partie de la poussée actuelle vient directement de l’énergie.
Le chiffre qui fait mal : +26 % à la pompe
Les automobilistes n’ont probablement pas besoin de statistiques pour constater la différence.
Le prix de l’essence était 26 % plus élevé qu’un an auparavant en juillet.
En juin, la hausse annuelle était déjà de 21 %.
Cette accélération représente un choc important pour les ménages qui doivent utiliser leur voiture quotidiennement.
Un travailleur qui parcourt plusieurs dizaines de kilomètres par jour, une famille avec deux véhicules ou un ménage vivant en banlieue peut rapidement voir sa facture mensuelle grimper de façon importante.
Et chaque dollar supplémentaire dépensé à la station-service est un dollar de moins pour l’épicerie, le logement ou l’épargne.
La Banque du Canada regarde surtout ce qui se passe sous la surface
Le chiffre de 3 % attire l’attention, mais la Banque du Canada ne regarde pas uniquement l’inflation totale.
Elle surveille également ce qu’on appelle l’inflation fondamentale.
En termes simples, il s’agit d’une façon de mesurer la hausse des prix en retirant certains éléments très instables, comme l’essence, afin de mieux comprendre la tendance générale.
Et sur ce point, les nouvelles sont beaucoup plus rassurantes.
La moyenne des principales mesures d’inflation fondamentale suivies par la Banque du Canada s’établissait à environ 1,95 %.
C’est toujours légèrement sous la cible officielle de 2 %.
Une hausse des taux d’intérêt n’est donc pas automatique
Voilà probablement la partie la plus importante pour les propriétaires et les acheteurs immobiliers.
Une inflation globale à 3 % pourrait faire craindre une nouvelle hausse des taux d’intérêt.
Mais pour l’instant, les données ne montrent pas encore une flambée généralisée des prix.
La Banque du Canada n’a donc pas nécessairement besoin de réagir immédiatement.
Elle peut prendre le temps d’observer si la hausse de l’énergie est temporaire ou si elle commence réellement à se transmettre aux autres secteurs de l’économie.
Pourquoi l’essence pourrait quand même devenir dangereuse
Le risque est simple.
Si l’énergie reste chère pendant longtemps, les entreprises finissent elles aussi par payer davantage.
Transporter des marchandises coûte plus cher.
Livrer les aliments coûte plus cher.
Faire fonctionner certaines entreprises coûte plus cher.
Et éventuellement, une partie de ces coûts peut être refilée aux consommateurs.
C’est exactement ce que la Banque du Canada veut éviter.
Pour le moment, les données suggèrent toutefois que cette contamination demeure limitée.
Voyager coûte soudainement beaucoup plus cher
L’essence n’est pas le seul secteur à avoir fait monter l’inflation.
Les voyages organisés ont augmenté de 15,2 % sur un an.
Les billets d’avion ont pour leur part coûté environ 12 % de plus.
La forte demande liée à la Coupe du monde, combinée à la hausse du prix du carburant d’aviation, a contribué à cette poussée.
Pour les familles qui prévoyaient voyager cet été, la facture peut donc être beaucoup plus salée que prévu.
Enfin un peu de répit à l’épicerie?
Il y a tout de même une bonne nouvelle dans les chiffres de juillet.
Les prix des aliments achetés en magasin ont augmenté de 3,1 % sur un an.
C’est encore élevé, mais nettement moins que la hausse de 3,9 % observée en juin.
Le problème est que l’épicerie continue d’augmenter plus rapidement que plusieurs autres dépenses.
Juillet marque ainsi un 18e mois consécutif où les prix des aliments progressent plus vite que l’inflation générale.
Autrement dit, la pression ralentit… mais la facture continue de monter.
Le logement, lui, ralentit fortement
Autre changement majeur : la hausse des coûts liés au logement a nettement ralenti.
L’inflation du logement n’était plus que de 1,3 % en juillet.
Il s’agit du rythme le plus faible depuis mai 2020.
Depuis le début de l’année, cette catégorie progresse à moins de 2 %.
La faiblesse persistante du marché immobilier canadien contribue à calmer certaines pressions sur les coûts associés au logement.
Pour les ménages, cela ne signifie évidemment pas que le logement est redevenu abordable.
Mais cela montre au moins que la vitesse à laquelle certains coûts augmentent commence à ralentir.
L’économie canadienne demeure plus solide qu’on aurait pu le croire
Cette remontée de l’inflation arrive dans un contexte où l’économie canadienne montre aussi quelques signes de vigueur.
Le taux de chômage a reculé à 6,4 % en juillet, son plus bas niveau en deux ans.
Environ 75 100 emplois ont été ajoutés durant le mois.
Les premières estimations suggèrent également que l’économie canadienne aurait progressé à un rythme annualisé d’environ 3,4 % au deuxième trimestre.
C’est plus rapide que ce qu’avait anticipé la Banque du Canada.
Une économie plus forte réduit toutefois la pression pour diminuer rapidement les taux d’intérêt.
Les marchés commencent déjà à miser sur une hausse des taux
Après la publication des chiffres d’inflation, les marchés financiers ont légèrement augmenté leurs attentes concernant une possible hausse future du taux directeur.
Les investisseurs anticipent maintenant environ 0,19 point de pourcentage de resserrement d’ici décembre.
Ce n’est pas une hausse garantie.
Mais cela montre que le scénario d’une Banque du Canada restant complètement immobile devient un peu moins certain.
Pour les détenteurs d’une hypothèque variable ou ceux qui doivent renouveler prochainement, chaque changement dans ces attentes peut avoir un impact sur les taux offerts.
Faut-il s’inquiéter d’un retour de l’inflation?
Pas nécessairement.
Mais il serait prématuré de considérer le problème comme réglé.
L’inflation à 3 % est préoccupante, particulièrement parce qu’elle frappe directement une dépense aussi visible et incontournable que l’essence.
Mais plusieurs indicateurs sous-jacents demeurent proches de la cible de 2 %.
Le véritable danger serait de voir la hausse de l’énergie se transmettre progressivement à l’alimentation, au transport, aux services et aux salaires.
C’est ce que les prochains mois permettront de vérifier.
Pour les ménages, la pression reste bien réelle
Les statistiques peuvent montrer une inflation fondamentale relativement calme, mais pour un ménage qui doit payer son plein d’essence cette semaine, la réalité est beaucoup plus concrète.
L’essence est en forte hausse.
L’épicerie continue d’augmenter.
Les voyages coûtent plus cher.
Et les taux hypothécaires demeurent suffisamment élevés pour peser lourd sur les budgets.
Le chiffre de 3 % n’annonce peut-être pas une nouvelle crise inflationniste, mais il rappelle brutalement que le coût de la vie n’a pas fini de faire mal aux Canadiens.
Et si les prix de l’énergie continuent de grimper, la Banque du Canada pourrait bientôt devoir faire face à une décision beaucoup plus difficile.