Acheter maintenant ou attendre? Au Québec, la réponse n’est pas simple
Pour plusieurs acheteurs, la grande question demeure la même : faut-il acheter maintenant ou attendre encore?
Selon un récent sondage RBC, une majorité de Canadiens estime qu’il n’existe pas de moment parfait pour acheter une propriété. Dans un marché où les prix restent élevés, où les taux hypothécaires sont encore surveillés de près et où l’économie demeure incertaine, plusieurs ménages hésitent avant de passer à l’action.
Le sondage indique que 64 % des Canadiens sont d’accord avec l’idée qu’on ne peut jamais vraiment savoir quel est le bon moment pour acheter. De plus, 73 % disent que l’incertitude économique rend la décision encore plus difficile.
Un marché plus calme, mais pas facile
Dans certaines régions du Canada, l’accès à la propriété s’est un peu amélioré. Les prix ont baissé dans certains marchés et les coûts d’emprunt sont moins élevés qu’au sommet des dernières années.
Mais au Québec, le portrait est plus nuancé. À Montréal, Laval, Longueuil, sur la Rive-Nord, sur la Rive-Sud et dans la région de Québec, les prix ont généralement été moins touchés par la correction observée ailleurs au pays.
Résultat : même si le marché est parfois moins intense qu’avant, l’achat demeure difficile pour plusieurs ménages. Les acheteurs ont peut-être un peu plus de choix, mais les paiements mensuels restent élevés.
L’abordabilité s’est améliorée, mais pas partout
Selon RBC, l’abordabilité au Canada s’est améliorée au premier trimestre de 2026. L’indice national de la banque est descendu à 53 %, son meilleur niveau en quatre ans.
Cela signifie qu’un ménage moyen devait consacrer environ 53 % de son revenu avant impôt aux coûts liés à la propriété.
Ce chiffre reste très élevé. Même si la situation est meilleure qu’au pire moment, acheter une maison ou un condo demande encore une grande partie du revenu familial.
Au Québec, cette pression se fait sentir dans plusieurs secteurs. Les acheteurs doivent tenir compte du paiement hypothécaire, mais aussi des taxes municipales, des taxes scolaires, des assurances, des frais de condo, des coûts d’entretien et des imprévus.
Les acheteurs voient une occasion, mais restent prudents
Parmi les Canadiens qui prévoient acheter une propriété dans les deux prochaines années, 45 % pensent que le moment actuel peut être favorable pour acheter.
Mais cette confiance reste fragile. Selon le sondage RBC, 75 % des acheteurs potentiels disent que l’incertitude économique les rend plus prudents. De plus, 72 % considèrent cette incertitude comme le principal obstacle à l’achat.
En langage simple, plusieurs acheteurs voient peut-être une fenêtre d’occasion, mais ils ne veulent pas se tromper.
Ils se demandent si les prix vont baisser, si les taux vont remonter, si leur emploi restera stable ou si leur budget pourra absorber les paiements à long terme.
Les taux restent au cœur de la décision
La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % lors de ses dernières décisions. Cela donne une certaine stabilité au marché.
Mais les taux hypothécaires restent beaucoup plus élevés que pendant la période des taux très bas. Pour les acheteurs, cela change beaucoup les calculs.
Une propriété qui semblait abordable avec un taux très bas peut devenir beaucoup plus coûteuse avec un taux plus élevé. Même une petite différence de taux peut ajouter des centaines de dollars par mois au paiement hypothécaire.
C’est pourquoi 54 % des acheteurs potentiels interrogés par RBC disent que des taux plus bas les aideraient à entrer sur le marché.
Les prix plus bas pourraient aider, mais les acheteurs craignent de manquer leur chance
Le sondage indique aussi que 58 % des acheteurs potentiels pensent que des prix plus bas leur permettraient d’acheter leur première ou leur prochaine propriété.
Mais il y a une autre crainte : attendre trop longtemps.
Selon RBC, 53 % des acheteurs potentiels pensent qu’il pourrait y avoir seulement une petite fenêtre pour profiter de prix plus bas avant qu’ils recommencent à monter.
Ce sentiment peut créer beaucoup de pression. Certains acheteurs veulent attendre de meilleures conditions, mais craignent que le marché leur échappe.
Au Québec, les prix n’ont pas corrigé de la même façon
Dans le marché québécois, cette question est particulièrement importante. Contrairement à certains marchés comme Toronto ou Vancouver, plusieurs secteurs du Québec n’ont pas connu de forte baisse de prix.
À Montréal, les condos, les maisons unifamiliales et les plex demeurent chers par rapport au revenu de plusieurs ménages. En banlieue, les prix restent aussi soutenus dans plusieurs secteurs recherchés.
Pour les acheteurs québécois, attendre ne garantit donc pas nécessairement une baisse importante des prix. Mais acheter trop vite sans marge financière peut aussi créer du stress.
Devenir propriétaire demande plus de sacrifices
Le sondage RBC montre que 78 % des Canadiens croient que devenir propriétaire exige aujourd’hui plus de sacrifices que pour les générations précédentes.
Plusieurs ménages doivent modifier leurs habitudes pour acheter. Selon le sondage :
- 69 % prévoient retarder de gros achats, comme une voiture ou des rénovations;
- 62 % pensent réduire ou reporter leurs vacances;
- 60 % disent devoir revoir complètement leurs habitudes de dépenses et d’épargne;
- 53 % pourraient devoir utiliser une partie de leur épargne-retraite pour acheter une propriété.
Ces chiffres montrent que l’achat immobilier n’est plus seulement une décision de style de vie. Pour plusieurs ménages, c’est une décision qui influence tout le budget familial.
Le vrai danger : acheter sans marge de sécurité
Le problème n’est pas seulement de savoir si un acheteur peut être approuvé pour une hypothèque. La vraie question est de savoir s’il peut vivre confortablement après l’achat.
Un budget trop serré peut devenir difficile si les taxes augmentent, si les frais de condo montent, si une réparation imprévue arrive ou si le renouvellement hypothécaire se fait à un taux plus élevé.
Avant d’acheter, il est donc important de calculer le coût total de la propriété :
- le paiement hypothécaire;
- les taxes municipales;
- les taxes scolaires;
- l’assurance habitation;
- les frais de condo, s’il y a lieu;
- l’électricité et le chauffage;
- l’entretien régulier;
- les réparations possibles;
- une réserve pour les imprévus.
Acheter maintenant ou attendre?
Il n’y a pas une seule bonne réponse. Pour certains acheteurs, acheter maintenant peut être logique s’ils ont une bonne mise de fonds, un emploi stable, un budget solide et une propriété qui répond à leurs besoins.
Pour d’autres, attendre peut être plus prudent. Cela peut permettre d’épargner davantage, de réduire les dettes, d’améliorer sa cote de crédit ou de mieux comprendre le marché.
Le bon moment n’est pas nécessairement celui où les prix sont au plus bas. C’est souvent le moment où le ménage est vraiment prêt financièrement.
Ce que les acheteurs québécois devraient retenir
Le marché immobilier québécois reste actif et relativement solide. Les prix n’ont pas reculé autant que dans certains autres grands marchés canadiens, ce qui limite le soulagement pour les acheteurs.
En même temps, l’inventaire s’améliore dans certains secteurs, ce qui peut donner un peu plus de choix et de temps pour réfléchir.
Pour les acheteurs, la meilleure stratégie est de ne pas essayer de deviner parfaitement le marché. Il faut plutôt connaître son budget, comparer les options, vérifier les coûts réels et garder une marge de sécurité.
Ce qu’il faut retenir
Selon le sondage RBC, la majorité des Canadiens pensent qu’il n’existe pas de moment parfait pour acheter une propriété. L’incertitude économique, les taux hypothécaires, les prix élevés et le coût de la vie compliquent la décision.
Au Québec, cette question est encore plus délicate, car les prix ont été moins affectés par la correction observée ailleurs au pays. Les acheteurs ne doivent donc pas seulement se demander s’ils doivent acheter maintenant ou attendre. Ils doivent surtout se demander si leur budget peut supporter la propriété aujourd’hui, demain et au prochain renouvellement hypothécaire.
Dans le marché actuel, la meilleure décision n’est pas toujours la plus rapide. C’est celle qui permet de devenir propriétaire sans mettre toute sa sécurité financière en danger.