Immobilier : le marché canadien pourrait enfin redémarrer… mais attention, la reprise reste fragile
Après des années de taux élevés, de prix difficiles à suivre et d’acheteurs paralysés par l’incertitude, le marché immobilier canadien pourrait enfin montrer de vrais signes de réveil. Mais cette reprise tant attendue pourrait être beaucoup moins spectaculaire — et beaucoup plus fragile — qu’espéré.
Selon de nouvelles prévisions économiques, les ventes de propriétés ont commencé à reprendre du terrain depuis le printemps, le nombre de propriétés à vendre semble se stabiliser et les prix donnent enfin quelques signes d’accalmie.
Pour des milliers de ménages qui attendent depuis des mois, voire des années, avant d’acheter, la situation pourrait donc commencer à changer.
Mais il y a un problème : plusieurs menaces économiques pourraient encore faire dérailler cette reprise.
Des centaines de milliers d’acheteurs pourraient revenir sur le marché
Depuis la forte hausse des taux d’intérêt et du coût des propriétés, de nombreux Canadiens ont simplement abandonné — ou repoussé — leur projet immobilier.
Certains sont restés locataires plus longtemps que prévu. D’autres ont retardé l’achat d’une première maison. Des propriétaires qui souhaitaient déménager dans une propriété plus grande ont également préféré attendre.
Et maintenant, une grande question se pose : combien de ces acheteurs vont finalement décider de revenir?
Si une partie importante de cette demande revient progressivement sur le marché, les ventes pourraient recommencer à augmenter.
L’amélioration graduelle de l’abordabilité et de meilleures perspectives d’emploi pourraient aussi redonner confiance aux ménages qui hésitaient jusqu’à maintenant.
La reprise est commencée… mais 2026 pourrait quand même finir dans le rouge
Le paradoxe est important.
Le marché semble actuellement prendre une meilleure direction, mais le mauvais début d’année pourrait être trop difficile à rattraper.
À l’échelle canadienne, les ventes résidentielles devraient ainsi reculer d’environ 3,6 % cette année, pour atteindre quelque 453 200 transactions.
Le prix de référence moyen devrait lui aussi diminuer d’environ 2,3 %, à 794 200 $.
Autrement dit, même si le marché se réveille maintenant, les chiffres de l’ensemble de l’année pourraient encore donner l’impression d’un marché en recul.
2027 pourrait être l’année du véritable retour
C’est surtout l’année prochaine que la reprise pourrait devenir beaucoup plus visible.
Les ventes pourraient bondir d’environ 6,7 % en 2027, pour atteindre près de 483 600 propriétés.
Les prix pourraient également recommencer à progresser légèrement, avec une hausse prévue d’environ 0,8 %, ce qui porterait la valeur de référence autour de 800 700 $.
Mais attention : cela ne signifie pas nécessairement le retour d’un marché immobilier en pleine explosion.
Même avec cette hausse des ventes, l’activité demeurerait nettement sous les niveaux observés avant la pandémie.
Ce serait donc davantage un retour progressif à la normale qu’un nouveau boom immobilier.
Les condos pourraient rester coincés beaucoup plus longtemps
Toutes les propriétés ne devraient pas profiter de la reprise au même rythme.
Le marché de la copropriété demeure particulièrement vulnérable dans certaines grandes villes canadiennes, notamment en raison du nombre élevé d’unités disponibles et du retrait de nombreux investisseurs.
Toronto et Vancouver sont particulièrement touchées par cette situation, mais le phénomène mérite également d’être surveillé au Québec, surtout dans les secteurs où beaucoup de nouveaux condos ont été construits au cours des dernières années.
Lorsqu’il y a beaucoup de propriétés à vendre et moins d’acheteurs, les vendeurs doivent généralement faire davantage de concessions.
La pression sur les prix des condos pourrait donc se poursuivre jusque l’an prochain.
Québec : une situation très différente de l’Ontario et de la Colombie-Britannique
Une chose devient de plus en plus évidente : il n’existe plus un seul marché immobilier canadien.
L’Ontario et la Colombie-Britannique ont subi des corrections beaucoup plus importantes, ce qui a ébranlé la confiance de nombreux acheteurs.
D’autres marchés, dont plusieurs au Québec, ont mieux résisté.
Mais cette résistance crée aussi une situation particulière : les marchés où les prix ont peu corrigé disposent de moins d’espace pour profiter d’un spectaculaire rebond.
Pour Montréal, Laval et plusieurs autres régions québécoises, le scénario pourrait donc être celui d’un marché relativement actif, mais sans nécessairement revoir les hausses extraordinaires de prix observées pendant la pandémie.
Ceux qui attendent une chute des taux pourraient être déçus
C’est probablement l’un des avertissements les plus importants du rapport.
Les coûts d’emprunt pourraient déjà être proches de leur niveau le plus bas pour le cycle actuel.
En clair, les acheteurs qui retardent leur projet en espérant une importante baisse supplémentaire des taux hypothécaires pourraient attendre longtemps.
Les prévisions indiquent que la Banque du Canada pourrait maintenir son taux directeur inchangé jusqu’à la fin de 2026 avant d’envisager éventuellement une hausse en 2027.
Si ce scénario se réalise, l’amélioration de l’abordabilité devra donc venir davantage de la croissance des revenus, d’une stabilisation des prix et du temps qui passe que d’une forte chute des taux d’intérêt.
Le grand danger : encore un faux départ
C’est ici que la situation devient beaucoup plus inquiétante.
Le marché immobilier canadien a déjà donné plusieurs fois l’impression qu’il était sur le point de repartir depuis 2023.
Et chaque fois, un nouvel événement est venu freiner l’élan.
Tensions commerciales, flambées des prix de l’énergie, incertitude économique : la reprise immobilière a déjà été interrompue à plusieurs reprises.
Et cette fois encore, les risques sont nombreux.
Une nouvelle guerre commerciale menace le Canada
Les tensions entre le Canada et les États-Unis pourraient devenir l’un des principaux obstacles au redémarrage du marché.
Depuis le 22 août, les États-Unis imposent des droits de douane de 50 % sur environ 5 % des exportations canadiennes.
Le Canada prévoit répondre avec ses propres contre-tarifs à compter du 8 septembre.
D’autres menaces tarifaires visent également l’industrie automobile pour le début de 2027.
Pourquoi cela devrait-il inquiéter quelqu’un qui veut simplement acheter une maison?
Parce qu’une guerre commerciale peut ralentir l’économie, nuire aux entreprises, réduire les embauches et faire grimper certains prix.
Et lorsqu’un ménage commence à avoir peur pour son emploi ou pour ses finances, l’achat d’une propriété est souvent l’un des premiers grands projets à être reportés.
Le Moyen-Orient ajoute une autre couche d’incertitude
Les tensions géopolitiques représentent également un risque important.
Une nouvelle flambée des prix de l’énergie pourrait faire remonter l’inflation et compliquer davantage la tâche de la Banque du Canada.
Si l’inflation repart fortement à la hausse, les chances de voir les taux diminuer davantage s’éloigneraient encore.
Et dans le pire des scénarios, les taux pourraient même devoir remonter.
Acheteurs : faut-il vraiment continuer d’attendre?
Voilà probablement la grande question pour les prochains mois.
Attendre peut encore donner accès à davantage de choix ou à de meilleures occasions dans certains marchés.
Mais attendre uniquement dans l’espoir que les taux chutent fortement pourrait devenir un pari de plus en plus risqué.
Si les ventes repartent réellement pendant que les taux se stabilisent, davantage d’acheteurs pourraient revenir en même temps sur le marché.
Et dans les secteurs où l’offre demeure limitée, cela pourrait rapidement recréer de la compétition.
Après plusieurs faux départs, le marché immobilier canadien semble donc enfin montrer des signes de reprise. Mais entre les tarifs douaniers, l’inflation, les tensions internationales et des taux qui pourraient ne plus beaucoup baisser, rien n’est encore gagné.
Pour les acheteurs et propriétaires québécois, les prochains mois pourraient être déterminants : le marché commence à bouger, mais la fenêtre actuelle pourrait changer beaucoup plus rapidement qu’on ne le pense.