Les Canadiens dépensent moins : un nouveau signal d’alarme pour l’économie, l’immobilier et les taux hypothécaires
Les consommateurs canadiens commencent-ils à manquer de souffle? Les ventes au détail ont reculé de 0,7 % en juillet pour s’établir à 73,7 milliards de dollars, selon Statistique Canada.
À première vue, une baisse des ventes dans les magasins peut sembler éloignée du marché immobilier.
Mais en réalité, ce genre de donnée est surveillé de très près par les économistes et la Banque du Canada, parce qu’il donne une indication importante sur la santé financière des ménages.
Si les Canadiens commencent à réduire leurs dépenses parce que leur budget est trop serré, cela peut éventuellement ralentir l’économie, réduire la demande immobilière et influencer les prochaines décisions sur les taux d’intérêt.
Les ventes reculent de 0,7 % en juillet
En juillet, les commerces canadiens ont enregistré des ventes totalisant 73,7 milliards de dollars.
C’est une diminution de 0,7 % par rapport au mois précédent.
La baisse a notamment été provoquée par un recul des ventes dans les magasins de marchandises générales.
Après avoir bondi de 2,5 % en juin, ces ventes ont chuté de 1,9 % en juillet.
Les consommateurs ont également réduit leurs achats dans plusieurs catégories plus discrétionnaires.
Vêtements, chaussures et bijoux : les ménages commencent à couper
Les ventes de vêtements, accessoires, chaussures, bijoux, bagages et produits de cuir ont diminué de 1,2 %.
Ce genre de dépense est important à surveiller.
Lorsqu’un ménage commence à ressentir de la pression financière, il ne peut pas toujours réduire son loyer ou son paiement hypothécaire.
Il coupe donc ailleurs.
Moins de vêtements.
Moins de sorties.
Moins d’achats importants.
Ce ralentissement peut être l’un des premiers signes que les ménages deviennent plus prudents avec leur argent.
Même les ventes « de base » reculent
Statistique Canada calcule également ce qu’on appelle les ventes au détail fondamentales, qui excluent notamment les stations-service ainsi que les concessionnaires automobiles.
Cette mesure a elle aussi diminué de 0,7 % en juillet.
Cela suggère que le ralentissement ne vient pas uniquement d’une variation temporaire du prix de l’essence ou des ventes automobiles.
La faiblesse touche une partie plus large de la consommation.
En volume, la baisse est encore plus importante
Lorsqu’on enlève l’effet des variations de prix pour regarder uniquement la quantité de biens réellement achetés, les ventes ont reculé de 1,1 %.
C’est important.
Parce qu’en période d’inflation, les Canadiens peuvent parfois dépenser davantage en dollars simplement parce que tout coûte plus cher.
Une baisse du volume signifie qu’ils ont réellement acheté moins de biens.
Autrement dit, les consommateurs n’ont pas seulement dépensé moins : ils ont aussi ramené moins de produits à la maison.
Une petite surprise positive du côté de la rénovation
Un secteur a toutefois résisté.
Les ventes de matériaux de construction, de produits pour le jardin et d’équipement connexe ont augmenté de 0,8 % en juillet.
Cela peut refléter des dépenses en rénovation, entretien ou amélioration des propriétés.
Pour le secteur immobilier, c’est un signal un peu plus encourageant.
Même lorsque les ménages repoussent un déménagement ou un achat, certains choisissent de rénover leur propriété actuelle plutôt que de déménager.
Août pourrait avoir été meilleur
Statistique Canada indique toutefois que son estimation préliminaire pour août pointe vers une hausse des ventes au détail d’environ 1,3 %.
Cette donnée devra être révisée et confirmée.
Elle suggère néanmoins que le recul de juillet ne marque pas nécessairement le début d’un effondrement de la consommation.
Le portrait est donc contradictoire : juillet a été faible, mais août pourrait avoir connu un rebond.
Pourquoi cela devrait-il intéresser les propriétaires?
Parce que la consommation représente une partie extrêmement importante de l’économie canadienne.
Lorsque les ménages dépensent moins, les entreprises vendent moins.
Si la tendance se prolonge, certaines entreprises peuvent réduire leurs investissements, ralentir les embauches ou même supprimer des emplois.
Et lorsqu’un ménage commence à craindre pour son emploi ou son revenu, l’achat d’une propriété est souvent l’un des premiers grands projets à être reportés.
Un ralentissement pourrait refroidir davantage le marché immobilier
Le marché immobilier canadien montre déjà des signes de faiblesse dans plusieurs régions.
Les ventes sont faibles, les acheteurs sont plus prudents et davantage de propriétés arrivent sur le marché.
Si la consommation continue de ralentir et que la confiance économique diminue, encore plus d’acheteurs pourraient décider d’attendre.
Moins d’acheteurs actifs signifie généralement moins de compétition.
Les propriétés peuvent alors rester plus longtemps sur le marché.
Et certains vendeurs peuvent devoir réduire leur prix ou accepter davantage de négociation.
Un ralentissement économique prolongé pourrait donc renforcer le pouvoir des acheteurs dans certains marchés.
Le Québec pourrait aussi ressentir le ralentissement
Le Québec a jusqu’ici mieux résisté que plusieurs marchés de l’Ontario ou de la Colombie-Britannique.
Mais Montréal, Laval et les autres régions ne sont pas isolés de l’économie canadienne.
Si les ménages québécois réduisent leurs dépenses parce qu’ils doivent consacrer davantage d’argent à leur hypothèque, leur loyer, leur alimentation ou leur énergie, cela peut aussi ralentir l’activité immobilière.
Un ménage qui se sent moins riche ou moins certain de son avenir est rarement pressé de s’endetter de 400 000 $, 500 000 $ ou davantage pour acheter une propriété.
Et pour les taux d’intérêt?
C’est là que la situation devient particulièrement intéressante.
Une économie plus faible peut normalement réduire la pression sur la Banque du Canada pour augmenter les taux.
Si les consommateurs dépensent moins, la demande diminue.
Et lorsque la demande ralentit suffisamment, les entreprises ont généralement plus de difficulté à augmenter leurs prix.
En théorie, cela peut aider à calmer l’inflation.
Si ce scénario se confirme, la Banque du Canada pourrait avoir moins de raisons de resserrer davantage sa politique monétaire.
Mais l’inflation complique complètement l’équation
Le problème est que le Canada fait actuellement face à deux forces opposées.
D’un côté, certaines données montrent une économie qui ralentit.
De l’autre, l’inflation demeure élevée et les prix de l’énergie continuent de représenter un risque important.
La Banque du Canada doit donc éviter deux erreurs.
Augmenter les taux trop fortement pourrait affaiblir encore davantage la consommation et le marché immobilier.
Mais les maintenir trop bas si l’inflation repart pourrait laisser les prix augmenter de nouveau.
Le ralentissement des ventes au détail rend donc la prochaine décision sur les taux encore plus difficile.
Les taux hypothécaires fixes ne dépendent pas seulement de la Banque du Canada
Pour les propriétaires, il faut également faire une distinction importante.
Les hypothèques variables sont fortement influencées par le taux directeur.
Mais les taux fixes dépendent davantage des rendements obligataires.
Il est donc possible que l’économie ralentisse sans que les taux fixes diminuent immédiatement.
Si les marchés financiers restent préoccupés par l’inflation, les prix de l’énergie ou les taux américains, les taux hypothécaires fixes peuvent rester élevés même si les consommateurs canadiens réduisent leurs dépenses.
Pour les acheteurs, un ralentissement économique peut être à double tranchant
À première vue, une économie plus faible peut sembler positive pour un acheteur immobilier.
Moins de demande peut apporter plus de choix, moins de surenchère et davantage de pouvoir de négociation.
Mais une économie faible peut également signifier moins de sécurité d’emploi.
Et même une maison moins chère devient difficile à acheter si l’acheteur n’est pas certain de conserver son revenu.
Le meilleur marché pour négocier n’est pas toujours le marché dans lequel les ménages se sentent suffisamment confiants pour acheter.
Pour les vendeurs, les prochains mois pourraient devenir plus difficiles
Si les consommateurs continuent de réduire leurs dépenses et que la confiance diminue, les vendeurs immobiliers pourraient ressentir davantage de pression.
Les acheteurs peuvent devenir plus exigeants.
Ils peuvent prendre plus de temps.
Ils peuvent négocier plus agressivement.
Et une propriété affichée trop cher peut rester longtemps sur le marché.
Dans un environnement économique plus fragile, le prix demandé devient encore plus important.
Les renouvellements hypothécaires pourraient expliquer une partie du ralentissement
Il existe aussi une autre explication possible à la prudence des consommateurs.
Beaucoup de propriétaires canadiens doivent maintenant absorber des paiements hypothécaires beaucoup plus élevés qu’il y a quelques années.
Lorsque quelques centaines de dollars supplémentaires quittent le compte bancaire chaque mois pour payer l’hypothèque, il reste moins d’argent pour les magasins.
Ce phénomène pourrait continuer à mesure que davantage de ménages renouvellent leur prêt.
Le choc hypothécaire pourrait donc commencer à se voir directement dans les données de consommation.
Moins de dépenses aujourd’hui pourrait signifier moins d’inflation demain
C’est la partie qui pourrait éventuellement offrir un peu d’espoir aux emprunteurs.
Si les ménages réduisent durablement leurs achats, les entreprises peuvent devenir moins capables d’augmenter leurs prix.
L’inflation pourrait alors ralentir.
Et si l’inflation revient clairement sous contrôle, la Banque du Canada pourrait éventuellement avoir davantage de liberté pour maintenir ou réduire ses taux.
Mais nous n’en sommes pas encore là.
Une seule baisse mensuelle des ventes au détail ne suffit pas à confirmer un véritable ralentissement économique.
Le prochain mouvement sera crucial
Le recul de 0,7 % des ventes au détail en juillet n’est pas une catastrophe.
Mais il arrive à un moment où l’économie canadienne envoie déjà plusieurs signaux contradictoires.
Les ménages sont sous pression.
Les renouvellements hypothécaires restent coûteux.
Les ventes immobilières manquent d’élan.
Et la Banque du Canada doit encore composer avec une inflation trop élevée.
Si la faiblesse de juillet se répète dans les prochains mois, le ralentissement pourrait commencer à toucher directement l’emploi, l’immobilier et les décisions de taux.
Un nouveau signal que les ménages commencent peut-être à atteindre leur limite
La donnée la plus importante n’est peut-être finalement pas la baisse de 0,7 % elle-même.
C’est ce qu’elle peut révéler sur le consommateur canadien.
Après plusieurs années de hausse des prix, de taux hypothécaires élevés et de coûts de logement importants, les ménages pourraient commencer à être beaucoup plus prudents avec chaque dollar dépensé.
Si cette prudence s’installe durablement, elle pourrait ralentir l’économie et refroidir davantage le marché immobilier.
Mais elle pourrait aussi, paradoxalement, contribuer à réduire l’inflation et éventuellement enlever une partie de la pression sur les taux.
Pour les propriétaires et les acheteurs, les prochains mois seront donc déterminants : si les Canadiens continuent de fermer leur portefeuille, le marché immobilier pourrait ralentir davantage — mais la Banque du Canada pourrait aussi finir par avoir moins de raisons de garder les taux aussi élevés.