Taux d’intérêt : les économistes ne s’entendent plus… mais presque personne ne parle de baisse
La Banque du Canada doit-elle augmenter ses taux dès octobre ou attendre 2027? Les économistes canadiens sont maintenant profondément divisés — et pour les propriétaires, la conclusion n’est pas particulièrement rassurante.
L’économie canadienne a surpris par sa résistance cet été. Après une croissance annualisée révisée à 3,8 % au deuxième trimestre, plusieurs économistes estiment que le troisième trimestre pourrait encore afficher environ 2 % de croissance, soit davantage que ce qu’anticipait la Banque du Canada.
Scotiabank : il faudrait augmenter les taux dès octobre
Pour Derek Holt, économiste à la Banque Scotia, l’économie est beaucoup plus solide que prévu et l’inflation risque de devenir le problème dominant.
Selon lui, la capacité inutilisée dans l’économie pourrait disparaître en 2027. Il estime donc que la Banque du Canada devrait commencer à augmenter son taux directeur dès sa réunion du 28 octobre.
CIBC : attention, la tempête pourrait arriver
CIBC regarde les mêmes chiffres… mais arrive à une conclusion différente.
La banque estime que la bonne performance récente pourrait être le « calme avant la tempête ». Les nouveaux tarifs américains pourraient faire tomber la croissance sous 1 % au quatrième trimestre.
CIBC prévoit donc que la Banque du Canada maintiendra son taux à 2,25 % jusqu’à la fin de 2026, avant une possible hausse au début de 2027.
Capital Economics : oui aux hausses, mais seulement deux
Capital Economics adopte une position encore différente.
Selon ses économistes, le conflit commercial avec les États-Unis et le ralentissement de l’immigration devraient limiter la croissance économique suffisamment pour empêcher la Banque du Canada de monter ses taux trop agressivement.
Ils prévoient deux hausses de 0,25 point en 2027, ce qui porterait le taux directeur de 2,25 % à 2,75 %, puis un arrêt. Leur prévision de croissance pour 2027 n’est que de 1,5 %.
Un quatrième scénario : ne rien faire cette année
D’autres économistes considèrent que l’économie a effectivement été solide pendant l’été, mais que l’inflation ne s’est pas encore suffisamment généralisée pour justifier une hausse immédiate.
Cette lecture favorise elle aussi un maintien du taux directeur jusqu’à la fin de l’année, avec possibilité d’intervention seulement si l’inflation commence réellement à s’étendre au reste de l’économie.
Alors, qui a raison?
Voici probablement la conclusion la plus importante : les économistes ne s’entendent pas sur le moment des hausses, mais parmi ceux cités dans ces deux analyses, le véritable débat n’est plus tellement « baisse ou hausse? » — c’est surtout « quand commencer à augmenter, et jusqu’où? ».
Scotiabank voit une hausse dès octobre. CIBC préfère attendre 2027. Capital Economics prévoit deux hausses l’an prochain avant que la faiblesse économique oblige la Banque à s’arrêter.
La grande bataille se joue entre deux forces : une inflation trop élevée pousse les taux vers le haut, tandis qu’une économie fragilisée par les tarifs et une croissance démographique plus faible pousse la Banque du Canada à patienter.
Quel impact sur les hypothèques?
Pour les propriétaires à taux variable, le risque est évident : si la Banque du Canada augmente son taux, le taux préférentiel des banques devrait normalement suivre, ce qui augmenterait le coût de plusieurs hypothèques variables et marges de crédit.
Pour les taux fixes, la situation est différente puisqu’ils dépendent davantage du marché obligataire. Même si la Banque du Canada attend, les coûts de financement peuvent donc rester élevés.
Autrement dit, le scénario d’un retour rapide aux hypothèques beaucoup moins chères devient de plus en plus difficile à défendre.
Et pour le marché immobilier?
Des taux élevés plus longtemps — ou de nouvelles hausses — réduiraient la capacité d’emprunt des acheteurs.
Certains devront réduire leur budget, augmenter leur mise de fonds ou reporter leur achat.
Pour les vendeurs, cela pourrait signifier moins d’acheteurs, davantage de négociation et des prix qui progressent beaucoup plus lentement.
Mais si CIBC et Capital Economics ont raison et que l’économie ralentit fortement, la Banque du Canada pourrait aussi être empêchée d’aller très loin dans ses hausses.
La conclusion : ne pariez pas sur un retour rapide des taux bas
Les économistes peuvent se disputer sur octobre, janvier ou plus tard en 2027. Mais les deux analyses pointent vers le même avertissement pour les propriétaires : le soulagement hypothécaire rapide que plusieurs attendaient n’est plus le scénario évident.
Pour le marché immobilier canadien, cela pourrait prolonger une période déjà étrange : des acheteurs prudents, des ventes faibles, davantage de pouvoir de négociation… mais des coûts d’emprunt encore trop élevés pour déclencher une véritable reprise.