Retards hypothécaires au Canada : le nombre de propriétaires en difficulté atteint un sommet en 12 ans
De plus en plus de propriétaires canadiens prennent du retard dans leurs paiements hypothécaires. Selon des données publiées par l’Association des banquiers canadiens, le nombre d’hypothèques en souffrance a atteint en avril son niveau le plus élevé pour ce mois depuis 12 ans.
Une hypothèque est considérée en souffrance lorsqu’un propriétaire a au moins 90 jours de retard dans ses paiements. Cela ne veut pas dire que la majorité des ménages sont en difficulté, mais la tendance montre que la pression financière augmente pour certains propriétaires.
Un taux encore bas, mais en forte hausse
En avril, le taux d’hypothèques en souffrance dans les banques canadiennes était de 0,28 %. À première vue, ce chiffre peut sembler faible. Cela signifie que moins d’un prêt hypothécaire sur 300 est en retard important.
Mais ce qui retient l’attention, c’est la progression. Depuis septembre 2022, ce taux a presque doublé. Il se trouve maintenant à son plus haut niveau en neuf ans.
Le nombre total de prêts en souffrance a aussi fortement augmenté. En avril, les banques comptaient 13 752 hypothèques en retard d’au moins 90 jours. C’est environ 26 % de plus qu’un an plus tôt.
Par rapport au creux observé en août 2022, le nombre d’hypothèques en souffrance a augmenté de près de 90 %. Les banques canadiennes n’avaient pas vu autant de dossiers hypothécaires en retard depuis 2014.
Pourquoi certains propriétaires ont plus de difficulté?
La hausse des taux d’intérêt est une partie de l’explication, mais ce n’est pas toute l’histoire.
Le vrai problème vient souvent du niveau d’endettement. Plusieurs ménages ont acheté une propriété lorsque les prix étaient élevés et que les taux étaient plus bas. Leur hypothèque était donc importante, mais leurs paiements semblaient encore gérables à ce moment-là.
Lorsque les taux ont augmenté, les paiements sont devenus plus lourds, surtout au moment du renouvellement hypothécaire. Pour les familles qui avaient déjà un budget serré, cette hausse a laissé très peu de marge de manœuvre.
En termes simples : ce n’est pas seulement le taux qui fait mal, c’est la combinaison entre un gros prêt, un coût de la vie élevé et des paiements mensuels qui augmentent.
Les banques ont moins d’hypothèques qu’avant
Un autre élément important ressort des données : les banques détiennent moins de prêts hypothécaires qu’au sommet du marché.
En avril, les banques canadiennes détenaient environ 4,93 millions d’hypothèques. C’est une baisse par rapport à l’an dernier et un recul important par rapport au sommet atteint pendant la période de forte activité immobilière.
Le nombre d’hypothèques détenues par les banques est maintenant revenu à un niveau comparable à celui d’octobre 2020, au moment où le marché immobilier commençait à s’accélérer fortement avec les taux très bas.
Autrement dit, une partie de la croissance observée pendant le boom immobilier des dernières années s’est effacée du côté des banques.
Pourquoi c’est important?
Quand les banques ont moins de prêts hypothécaires dans leurs livres, chaque dossier en difficulté pèse davantage dans les statistiques. Même si le taux global reste bas, l’augmentation du nombre de retards montre que certains ménages sont réellement sous pression.
Cette situation arrive dans un contexte où plusieurs propriétaires doivent renouveler leur hypothèque à des conditions moins avantageuses qu’il y a quelques années. Pour certains, le paiement mensuel peut augmenter de plusieurs centaines de dollars.
À Montréal, Laval, sur la Rive-Nord et sur la Rive-Sud, cette réalité peut toucher particulièrement les ménages qui ont acheté au sommet du marché ou qui ont emprunté près de leur limite maximale.
Le renouvellement hypothécaire reste un moment clé
Pour plusieurs propriétaires, le plus grand choc financier ne se produit pas immédiatement lorsque les taux montent. Il arrive plutôt au renouvellement.
Un propriétaire qui avait obtenu un taux très bas il y a quelques années peut maintenant devoir renouveler à un taux plus élevé. Même si sa maison n’a pas changé, son paiement mensuel peut augmenter de façon importante.
C’est pourquoi il est recommandé de préparer son renouvellement plusieurs mois à l’avance. Attendre la dernière minute peut limiter les options et créer plus de stress.
Ce que les propriétaires devraient surveiller
Les propriétaires qui sentent que leur budget devient plus serré devraient regarder leur situation rapidement, avant de prendre du retard.
Il peut être utile de vérifier :
- la date du prochain renouvellement hypothécaire;
- le paiement actuel et le paiement possible au nouveau taux;
- les autres dettes, comme les cartes de crédit ou marges de crédit;
- les dépenses mensuelles qui peuvent être réduites;
- les options disponibles avec son prêteur;
- la possibilité de magasiner une autre solution hypothécaire.
Le plus important est de ne pas attendre d’avoir 90 jours de retard. Plus un propriétaire agit tôt, plus il a de chances de trouver une solution.
Un signe de stress, pas une crise généralisée
Il faut aussi garder les chiffres en perspective. Le taux d’hypothèques en souffrance reste bas comparé au nombre total de propriétaires qui paient encore leur prêt à temps.
Par contre, la tendance mérite d’être surveillée. Une hausse rapide des retards peut indiquer que certains ménages n’ont plus beaucoup de coussin financier.
Avec l’épicerie, les taxes, les assurances, les frais de condo, l’entretien et les paiements hypothécaires plus élevés, plusieurs familles doivent faire des choix plus serrés qu’avant.
Ce qu’il faut retenir
Selon les données publiées par l’Association des banquiers canadiens, les hypothèques en souffrance ont atteint en avril leur plus haut niveau en 12 ans pour ce mois.
Le taux demeure faible, mais le nombre de dossiers en retard augmente rapidement. Cela montre que certains propriétaires ressentent davantage la pression des paiements plus élevés et du coût de la vie.
Pour les ménages québécois qui doivent renouveler bientôt, le message est simple : il vaut mieux se préparer tôt, calculer son nouveau paiement possible et demander conseil avant que la situation devienne difficile.
Dans le marché actuel, garder une marge de sécurité dans son budget est devenu aussi important que d’obtenir un bon taux.