Hypothèques : certains Canadiens consacrent jusqu’à 70 % de leur budget à leur maison
Pour certains propriétaires canadiens, l’hypothèque ne prend plus seulement une grosse part du budget : elle l’avale presque au complet.
Un nouveau sondage révèle que de jeunes propriétaires consacrent désormais jusqu’à 70 % de leur budget mensuel familial uniquement à leurs paiements hypothécaires.
Autrement dit, après avoir payé la maison, il reste parfois très peu d’argent pour l’épicerie, l’auto, les assurances, les services publics, les enfants, les imprévus… ou simplement pour respirer financièrement.
Et avec la grande vague de renouvellements hypothécaires qui frappe encore le Canada, le problème pourrait être loin d’être terminé.
Plus de la moitié des jeunes propriétaires sont fortement coincés
Chez les propriétaires âgés de 18 à 34 ans, la situation est particulièrement préoccupante.
Selon un sondage réalisé auprès d’environ 1 500 adultes canadiens, 56 % des jeunes propriétaires interrogés consacrent maintenant entre la moitié et près des trois quarts de leur budget mensuel à leur hypothèque.
C’est énorme.
Pour un ménage disposant d’un budget de 6 000 $ par mois, par exemple, consacrer 70 % à l’hypothèque signifie environ 4 200 $ uniquement pour le prêt immobilier.
Il ne resterait alors que 1 800 $ pour pratiquement toutes les autres dépenses du ménage.
Et un seul imprévu peut rapidement faire dérailler un budget aussi serré.
Le renouvellement hypothécaire devient un véritable choc
Le principal problème vient du changement brutal des taux d’intérêt.
Des centaines de milliers de Canadiens ont acheté ou renouvelé une propriété lorsque les taux hypothécaires étaient exceptionnellement bas, notamment entre 2020 et 2022.
Certains avaient obtenu des taux fixes de cinq ans sous les 2 %. Les taux variables pouvaient même tourner autour de 1,5 %.
Ces conditions appartiennent maintenant au passé.
Parmi les jeunes propriétaires ayant déjà renouvelé leur prêt, 90 % disent maintenant payer un taux d’intérêt plus élevé.
Et parmi l’ensemble des propriétaires ayant renouvelé depuis janvier 2025, 82 % ont obtenu un taux différent de celui qu’ils avaient auparavant, généralement plus élevé.
45 % des propriétaires renouvelés consacrent plus de la moitié de leur budget à l’hypothèque
Le problème dépasse largement les moins de 35 ans.
Chez les Canadiens ayant renouvelé leur hypothèque depuis le début de 2025, 45 % affirment maintenant que leur paiement hypothécaire représente plus de la moitié de leur budget mensuel.
Pour plusieurs, la hausse du taux au renouvellement se situe entre 2 et près de 5 points de pourcentage.
Une différence qui peut sembler abstraite sur papier, mais qui peut ajouter plusieurs centaines de dollars par mois à un paiement hypothécaire.
Sur une année, la facture supplémentaire peut facilement atteindre plusieurs milliers de dollars.
La vague de renouvellements prévue depuis des années frappe maintenant
Cette pression n’est pas une surprise pour les économistes.
Depuis plusieurs années, ils avertissent qu’une énorme quantité d’hypothèques contractées pendant l’époque des taux ultra-bas arriveraient éventuellement à renouvellement.
Environ 1,8 million d’hypothèques devaient être renouvelées entre septembre 2025 et septembre 2026, avec un sommet prévu autour de juin 2026.
Une autre vague, moins importante, est également attendue en 2027.
Le problème est simple : beaucoup de propriétaires quittent aujourd’hui des taux extrêmement bas pour renouveler à des conditions beaucoup plus coûteuses.
Un taux de 2 % et un taux de 4 % : la différence peut être énorme
Prenons un exemple simple.
Un propriétaire qui avait obtenu un prêt alors que les taux étaient près de 2 % peut maintenant devoir renouveler autour de 4 %, selon le type de prêt et les conditions disponibles.
Il ne paie évidemment pas deux fois plus cher son hypothèque, puisque le paiement comprend aussi le remboursement du capital.
Mais sur un prêt de plusieurs centaines de milliers de dollars, une hausse de quelques points de pourcentage peut tout de même faire bondir considérablement le paiement mensuel.
Pour un ménage déjà serré financièrement, cette hausse peut être suffisante pour éliminer presque toute marge de manœuvre.
Quand 50 % du budget part dans l’hypothèque, il ne reste presque plus de coussin
C’est probablement l’aspect le plus inquiétant de ces résultats.
Un ménage qui consacre la moitié, 60 % ou même 70 % de son budget à son logement devient extrêmement vulnérable.
Il suffit alors de :
- perdre un emploi;
- voir ses heures de travail diminuer;
- avoir une réparation automobile importante;
- payer une facture médicale ou familiale imprévue;
- subir une hausse des taxes ou des assurances;
- ou accumuler simplement quelques dépenses inattendues.
Quand presque tout le revenu est déjà engagé, il n’y a pratiquement plus de place pour absorber un choc financier.
Et pendant ce temps, les insolvabilités remontent
Cette pression hypothécaire arrive alors que d’autres indicateurs financiers commencent eux aussi à clignoter au rouge.
Les insolvabilités des consommateurs canadiens ont augmenté de 9,4 % en juin par rapport au mois précédent, atteignant leur niveau le plus élevé depuis juillet 2025.
Les insolvabilités comprennent notamment les faillites et les propositions aux créanciers, qui permettent à une personne très endettée de renégocier une partie de ses obligations.
Dans plusieurs provinces fortement endettées, le nombre de dossiers dépasse maintenant les niveaux observés avant la pandémie.
Le problème de fond : les ménages canadiens portent énormément de dettes
L’hypothèque n’est évidemment qu’une partie de la facture.
Beaucoup de ménages doivent également rembourser :
- des cartes de crédit;
- des marges de crédit;
- des prêts automobiles;
- des prêts personnels;
- et parfois d’autres dettes liées à la propriété.
Lorsque les taux augmentent, plusieurs de ces dettes deviennent elles aussi plus coûteuses.
Le résultat est une pression qui peut venir de tous les côtés en même temps.
Des paiements hypothécaires plus élevés combinés à un endettement important et à un pouvoir d’achat qui progresse peu créent un cocktail particulièrement dangereux pour les finances des ménages.
Les jeunes propriétaires sont particulièrement exposés
Les propriétaires plus jeunes ont souvent acheté leur maison récemment.
Ils ont donc généralement eu moins de temps pour rembourser leur prêt et accumuler de l’équité dans leur propriété.
Plusieurs ont également acheté lorsque les prix immobiliers étaient très élevés.
Ils peuvent donc se retrouver aujourd’hui avec un solde hypothécaire important exactement au moment où leur taux d’intérêt augmente.
À cela s’ajoutent souvent les dépenses associées aux premières années de vie familiale : enfants, garderie, voiture, meubles, rénovations et autres engagements financiers.
Le renouvellement de 2026 n’est plus une simple formalité
Pendant longtemps, plusieurs propriétaires renouvelaient leur hypothèque presque automatiquement avec leur institution financière.
Dans le contexte actuel, cette approche peut coûter cher.
Quelques dixièmes de point de pourcentage peuvent représenter des milliers de dollars sur la durée d’un terme hypothécaire.
Avant un renouvellement, il devient donc particulièrement important de comparer :
- les taux fixes et variables;
- les termes de trois et cinq ans;
- les différentes institutions financières;
- les pénalités;
- les privilèges de remboursement anticipé;
- et surtout le paiement que le ménage peut réellement supporter.
Le signal d’alarme est difficile à ignorer
Un propriétaire qui consacre 30 % de son budget à son hypothèque peut généralement absorber certains imprévus.
À 50 %, la marge devient beaucoup plus mince.
À 60 % ou 70 %, le moindre choc financier peut devenir une urgence.
C’est pourquoi ces nouvelles données dépassent largement la simple question des taux hypothécaires.
Elles montrent à quel point une partie des propriétaires canadiens est devenue financièrement vulnérable après des années de prix immobiliers élevés, d’endettement important et de taux d’intérêt beaucoup plus coûteux qu’au moment de l’achat.
Pour certains ménages, la question n’est désormais plus de savoir combien ils peuvent économiser après avoir payé leur hypothèque.
La vraie question est : combien leur reste-t-il simplement pour vivre?