Hypothèques : la fenêtre des taux plus avantageux pourrait se refermer plus vite que prévu
Les propriétaires et futurs acheteurs qui espèrent encore une longue période de baisse des taux pourraient devoir revoir leurs attentes.
Une nouvelle prévision de CIBC Capital Markets suggère que la Banque du Canada pourrait éventuellement changer de direction et recommencer à augmenter son taux directeur dès 2027.
Autrement dit : les taux hypothécaires plus avantageux que plusieurs emprunteurs espéraient voir durer pourraient ne pas rester disponibles aussi longtemps que prévu.
Et le risque ne vient pas seulement du Canada. Une partie importante de la pression pourrait arriver des États-Unis, où la dette publique, les déficits et les coûts d’emprunt continuent de faire grimper l’inquiétude sur les marchés financiers.
La Banque du Canada pourrait recommencer à monter les taux
Pour le moment, l’économie canadienne bénéficie encore de taux relativement plus bas afin de soutenir la croissance.
Mais selon les prévisions évoquées dans l’analyse, cette situation pourrait changer l’an prochain.
À mesure que les effets négatifs du ralentissement immobilier, de la croissance démographique plus faible et de la vague de renouvellements hypothécaires s’atténuent, la Banque du Canada pourrait avoir moins de raisons de maintenir une politique très accommodante.
CIBC estime qu’une hausse totale d’environ 0,50 point de pourcentage du taux directeur d’ici le milieu de 2027 est possible.
Les marchés financiers, eux, semblent même anticiper une première hausse plus tôt.
Pour les emprunteurs, le message est important : parier uniquement sur une nouvelle série de baisses de taux devient de plus en plus risqué.
Taux variable : le pari pourrait devenir moins intéressant
Lorsqu’on choisit un taux variable ou un terme hypothécaire très court, on accepte généralement davantage d’incertitude dans l’espoir de profiter de futures baisses de taux.
Mais si la Banque du Canada approche plutôt d’un nouveau cycle de hausses, le calcul change rapidement.
Le potentiel d’économies diminue alors que le risque, lui, demeure.
Pour un ménage québécois qui doit acheter une propriété ou renouveler son hypothèque dans les prochains mois, la différence entre un taux variable, un fixe de trois ans ou un fixe de cinq ans pourrait devenir beaucoup plus importante qu’elle ne le semble aujourd’hui.
Pourquoi les taux américains peuvent faire grimper nos hypothèques
Voici le point que plusieurs propriétaires ignorent : la Banque du Canada ne contrôle pas directement tous les taux hypothécaires.
Les taux fixes, particulièrement ceux sur cinq ans, sont fortement influencés par le marché obligataire.
Et les obligations canadiennes évoluent souvent dans la même direction que les obligations américaines.
Cela signifie qu’une forte hausse des taux aux États-Unis peut pousser les taux fixes canadiens vers le haut même si la situation économique au Canada ne justifie pas nécessairement une hausse équivalente.
La dette américaine devient un problème pour les Canadiens
Le gouvernement américain continue d’emprunter des sommes gigantesques.
Les déficits américains tournent autour de 6 % du produit intérieur brut, comparativement à environ 1 % au Canada, selon les données citées dans l’analyse.
Et certaines projections estiment que la dette publique américaine pourrait atteindre environ 120 % du PIB au cours de la prochaine décennie.
Pourquoi cela devrait-il inquiéter quelqu’un qui possède un condo à Montréal, une maison à Laval ou une propriété ailleurs au Québec?
Parce que lorsque les gouvernements doivent emprunter toujours plus d’argent, les investisseurs peuvent finir par exiger des taux d’intérêt plus élevés pour continuer à leur prêter.
Et lorsque les rendements obligataires américains grimpent, les taux obligataires canadiens peuvent suivre.
Ce mouvement finit souvent par se refléter dans les taux hypothécaires fixes proposés aux consommateurs.
Un cercle vicieux qui inquiète les marchés
Le scénario le plus inquiétant est relativement simple à comprendre.
Un gouvernement très endetté doit emprunter davantage.
Les investisseurs deviennent plus nerveux et exigent des taux plus élevés.
Le gouvernement doit alors consacrer encore plus d’argent au paiement des intérêts.
Ces dépenses supplémentaires aggravent le déficit.
Il faut ensuite emprunter encore davantage.
Et le cycle recommence.
Ce type de spirale pourrait maintenir les taux obligataires à des niveaux élevés pendant plus longtemps, même sans explosion de l’inflation.
Le problème n’est pas seulement l’inflation
On entend souvent dire que les taux montent uniquement lorsque les investisseurs craignent une reprise de l’inflation.
Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.
Les investisseurs réclament également une compensation supplémentaire lorsqu’ils considèrent qu’il devient plus risqué de prêter de l’argent à long terme.
Avec l’ampleur des déficits américains et les énormes besoins futurs de financement du gouvernement, cette prime de risque pourrait rester élevée.
Résultat : les taux à long terme peuvent rester élevés même si l’inflation ralentit.
L’intelligence artificielle pourrait elle aussi pousser les taux vers le haut
Un autre facteur surprenant entre maintenant dans l’équation : les investissements massifs dans l’intelligence artificielle.
Les entreprises technologiques dépensent énormément pour construire des centres de données, acheter de l’équipement et développer de nouvelles infrastructures.
Une grande partie de ces investissements nécessite du financement.
Plus la demande pour le capital augmente, plus les taux d’intérêt peuvent subir une pression à la hausse.
À cela s’ajoute le retour de certaines activités manufacturières en Amérique du Nord, qui nécessite également des investissements gigantesques.
Les taux fixes pourraient rester élevés plus longtemps
C’est probablement la conséquence la plus importante pour les consommateurs.
Même si la Banque du Canada maintient son taux directeur stable pendant un certain temps, les taux hypothécaires fixes pourraient demeurer élevés ou même remonter si les rendements obligataires continuent de progresser.
Autrement dit, attendre quelques mois en espérant automatiquement obtenir un meilleur taux n’est pas une stratégie sans risque.
Les taux pourraient effectivement baisser.
Mais ils pourraient aussi repartir dans l’autre direction.
Faut-il paniquer? Non. Mais il faut arrêter de supposer que les taux vont forcément baisser
Malgré ces risques, l’analyse ne prévoit pas nécessairement une explosion imminente des taux hypothécaires au Canada.
L’inflation canadienne demeure mieux contenue que celle des États-Unis, et la Banque du Canada n’est pas obligée de copier chaque décision de la Réserve fédérale américaine.
Le véritable avertissement est ailleurs : la période où les emprunteurs pouvaient simplement attendre en supposant que les taux seraient plus bas quelques mois plus tard pourrait être derrière nous.
Un renouvellement hypothécaire ne devrait plus se faire les yeux fermés
Pour quelqu’un qui doit renouveler son hypothèque prochainement, il devient particulièrement important de tester plusieurs scénarios avant de signer.
Par exemple :
- Que se passe-t-il si les taux baissent de 0,50 %?
- Que se passe-t-il s’ils restent exactement au même niveau?
- Que se passe-t-il s’ils augmentent de 0,50 % ou de 1 %?
- Quel serait le paiement avec un taux variable?
- Quel serait le coût total avec un taux fixe de trois ans?
- Et avec un taux fixe de cinq ans?
Une petite différence de taux peut représenter plusieurs milliers de dollars sur la durée d’un prêt important.
Le vrai danger : attendre le « taux parfait » qui n’arrivera peut-être jamais
Après plusieurs années de hausses et de baisses rapides, de nombreux Canadiens attendent encore le retour des taux hypothécaires extrêmement bas observés avant et pendant la pandémie.
Mais rien ne garantit que ces conditions reviendront bientôt.
La dette publique, les déficits américains, les investissements massifs dans l’IA, la relocalisation industrielle et la demande mondiale de capitaux pourraient tous contribuer à maintenir les taux plus élevés qu’au cours de la décennie précédente.
Pour les acheteurs et propriétaires québécois, la conclusion est simple :
ne construisez pas votre budget sur l’espoir que les taux vont forcément baisser.
La meilleure stratégie consiste plutôt à vérifier si vos finances peuvent supporter plusieurs scénarios — y compris celui où les taux restent élevés plus longtemps que prévu.
Parce que si les marchés ont raison, la fenêtre pour emprunter à meilleur prix pourrait être en train de se refermer.