Inflation à 3 % : les marchés voient maintenant 75 % de chances d’une hausse de taux dès le mois prochain
L’inflation canadienne refuse de redescendre. En août, elle est restée bloquée à 3 %, alors que l’essence coûte toujours près de 23 % plus cher qu’il y a un an et que les loyers accélèrent de nouveau.
Pour les ménages déjà étranglés par les paiements hypothécaires, l’épicerie et le coût de la vie, le chiffre est préoccupant.
Mais pour les propriétaires et futurs acheteurs, un autre nombre risque d’attirer encore davantage l’attention : les marchés financiers estiment maintenant à environ 75 % la probabilité que la Banque du Canada augmente son taux directeur dès sa prochaine décision.
Autrement dit, la discussion n’est plus seulement de savoir quand les taux vont baisser. Le risque d’une nouvelle hausse est maintenant très réel.
L’inflation reste coincée à 3 %
Selon les nouvelles données de Statistique Canada, l’indice des prix à la consommation a progressé de 3 % en août par rapport à l’année précédente.
C’est exactement le même rythme qu’en juillet.
Sur une base mensuelle, les prix ont toutefois légèrement reculé de 0,1 %.
À première vue, cela pourrait sembler rassurant.
Mais le problème est que l’inflation globale reste toujours nettement au-dessus de la cible de 2 % recherchée par la Banque du Canada.
Et les risques de nouvelles pressions sur les prix commencent à s’accumuler.
L’essence coûte toujours 22,8 % plus cher qu’il y a un an
Le carburant demeure l’un des principaux responsables de la hausse du coût de la vie.
En août, le prix de l’essence était encore 22,8 % plus élevé qu’un an auparavant.
C’est légèrement mieux qu’en juillet, lorsque la hausse atteignait 25,7 %, mais il reste difficile de parler d’un véritable soulagement lorsque l’essence coûte presque un quart de plus qu’un an plus tôt.
Le conflit au Moyen-Orient continue d’exercer une forte pression sur les marchés de l’énergie.
Et le danger ne se limite pas au prix affiché à la pompe.
Le vrai risque : que l’énergie fasse augmenter tout le reste
Le pétrole et le carburant sont utilisés presque partout dans l’économie.
Camions de livraison, agriculture, construction, transport des aliments, fabrication, aviation : lorsque l’énergie devient plus chère, les entreprises voient leurs coûts augmenter.
Ces coûts peuvent ensuite être transférés progressivement aux consommateurs.
C’est exactement ce que surveille maintenant la Banque du Canada.
Plus les prix de l’énergie restent élevés longtemps, plus le risque augmente de voir l’inflation se propager à des secteurs qui semblaient jusqu’ici relativement stables.
Un signal inquiétant apparaît déjà dans les données
Un chiffre mérite une attention particulière.
En août, 37,3 % des composantes mesurées dans l’indice des prix affichaient une hausse de 3 % ou plus.
Un mois plus tôt, cette proportion était de 34,8 %.
Autrement dit, les fortes hausses de prix commencent à toucher une part plus importante des biens et services.
C’est précisément ce que la Banque du Canada ne veut pas voir.
L’inflation fondamentale reste pourtant relativement calme
Il existe malgré tout une bonne nouvelle.
Les mesures utilisées par la Banque du Canada pour comprendre la tendance réelle de l’inflation, en éliminant certaines variations extrêmes, demeurent relativement faibles.
L’IPC-médiane est resté à 2 %, tandis que l’IPC-tronquée s’est maintenu à 1,9 %.
Ces chiffres sont beaucoup plus proches de la cible de la Banque du Canada.
C’est l’une des principales raisons pour lesquelles certains économistes pensent encore qu’une hausse des taux dès le mois prochain serait prématurée.
Mais les pressions commencent à remonter sous la surface
Même si les mesures annuelles restent relativement rassurantes, certains indicateurs à plus court terme sont moins confortables.
La moyenne annualisée sur trois mois des principales mesures d’inflation fondamentale est passée d’environ 2,01 % à 2,19 %.
L’inflation excluant les aliments et l’énergie est également passée de 1,9 % à 2,1 %.
Ces mouvements sont encore modestes.
Mais dans le contexte actuel, la Banque du Canada surveillera probablement chaque accélération avec beaucoup d’attention.
Les loyers recommencent aussi à accélérer
Le logement demeure une source importante de pression pour les ménages.
Les loyers ont augmenté de 2,8 % sur un an en août, comparativement à 2,5 % en juillet.
Pour les locataires, cela signifie que même si certains marchés commencent à afficher davantage de logements disponibles, la facture moyenne continue encore de progresser.
Et pour la Banque du Canada, une hausse plus rapide des loyers représente une pression supplémentaire sur l’inflation.
Les voyages explosent de 26,1 %
Un autre poste a connu une hausse spectaculaire.
Le prix des voyages organisés a bondi de 26,1 % sur un an en août.
En juillet, la hausse était déjà importante, à 15,2 %.
Une partie de cette explosion vient toutefois d’un effet statistique : les voyages vers les États-Unis avaient fortement diminué l’an dernier, ce qui avait temporairement fait baisser certains prix.
Mais pour les consommateurs qui souhaitent voyager aujourd’hui, la facture est très concrète.
Enfin un peu de répit à l’épicerie
Il y a néanmoins une nouvelle plus encourageante pour les familles.
Le prix des aliments achetés en magasin a augmenté de 2,8 % sur un an, contre 3,1 % en juillet.
Pour la première fois depuis environ deux ans, l’inflation alimentaire est donc passée sous le taux d’inflation global.
Cela ne signifie évidemment pas que l’épicerie est devenue moins chère.
Les prix continuent d’augmenter.
Ils augmentent simplement moins rapidement qu’avant.
75 % de chances d’une hausse de taux le mois prochain
C’est probablement le chiffre le plus important pour les propriétaires.
Après la publication des données d’inflation, les marchés financiers estimaient à environ 75 % la probabilité d’une hausse du taux directeur de la Banque du Canada lors de sa prochaine décision.
Cette probabilité n’a pratiquement pas changé après les nouveaux chiffres.
Les investisseurs semblent donc continuer de croire que la banque centrale pourrait devoir agir pour empêcher l’inflation de repartir.
Une telle décision aurait des conséquences immédiates pour plusieurs emprunteurs.
Les hypothèques variables seraient les premières touchées
Si la Banque du Canada augmente son taux directeur, les banques commerciales ajustent généralement leur taux préférentiel.
Les détenteurs d’hypothèques à taux variable pourraient donc voir leur coût d’emprunt augmenter rapidement.
Selon la structure du prêt, le paiement mensuel peut augmenter ou une plus grande partie du paiement peut être consacrée aux intérêts.
Les marges de crédit hypothécaires et plusieurs autres formes de dette à taux variable pourraient également devenir plus coûteuses.
Pour les ménages dont le budget est déjà serré, même une hausse de 0,25 point peut faire mal.
Les taux fixes pourraient eux aussi rester sous pression
Les hypothèques fixes ne suivent pas directement le taux directeur de la Banque du Canada.
Elles sont davantage influencées par les rendements obligataires.
Mais les rendements canadiens ont justement augmenté récemment en raison des inquiétudes entourant l’inflation et les taux d’intérêt.
Les propriétaires pourraient donc se retrouver dans une situation inconfortable où les taux variables risquent de monter pendant que les taux fixes restent eux aussi élevés.
Pour les renouvellements hypothécaires, l’incertitude devient énorme
Des milliers de propriétaires québécois doivent renouveler leur hypothèque dans les prochains mois.
Plusieurs espéraient probablement profiter d’une baisse graduelle des taux.
Mais l’environnement vient de changer.
Entre une inflation toujours à 3 %, des prix de l’énergie très élevés et les attentes de nouvelles hausses de taux, compter automatiquement sur un meilleur taux au renouvellement devient beaucoup plus risqué.
Pour les propriétaires de Montréal, Laval et d’autres marchés où les soldes hypothécaires sont importants, quelques dixièmes de point peuvent représenter des milliers de dollars sur la durée du terme.
Pourquoi certains économistes pensent encore que les marchés vont trop loin
Une probabilité de 75 % ne veut pas dire qu’une hausse est certaine.
Plusieurs économistes pensent que les marchés anticipent peut-être une réaction trop agressive de la Banque du Canada.
L’économie canadienne montre des signes de ralentissement au troisième trimestre.
Les tarifs imposés sur les exportations canadiennes et l’incertitude économique pourraient également limiter la croissance.
Dans un tel contexte, augmenter les taux pourrait affaiblir davantage l’économie.
Et puisque l’inflation fondamentale reste encore autour de 2 %, la Banque du Canada pourrait décider d’attendre avant d’agir.
La Banque du Canada se retrouve prise entre deux dangers
Le dilemme est maintenant particulièrement difficile.
Si la Banque augmente ses taux trop rapidement, elle risque de ralentir davantage une économie déjà fragile.
Mais si elle attend trop longtemps et que la hausse de l’énergie se propage à l’ensemble des prix, elle pourrait perdre une partie des progrès réalisés contre l’inflation.
Il faut donc choisir entre le risque d’affaiblir l’économie et celui de laisser l’inflation reprendre de la force.
La guerre commerciale complique encore davantage le portrait
Les tensions commerciales avec les États-Unis constituent une autre source d’incertitude.
Les tarifs douaniers peuvent augmenter le coût des produits importés et des matériaux utilisés par les entreprises canadiennes.
Ces entreprises peuvent ensuite augmenter leurs prix.
Mais les mêmes tarifs peuvent aussi ralentir l’activité économique, réduire les investissements et peser sur l’emploi.
Encore une fois, la Banque du Canada se retrouve face à deux forces opposées : davantage d’inflation et moins de croissance.
Les prochains chiffres pourraient tout changer
Le taux d’inflation de 3 % ne garantit pas une hausse de taux.
Mais il suffit maintenant de quelques nouvelles données inquiétantes pour modifier rapidement les attentes.
La Banque du Canada surveillera notamment les prix de l’énergie, l’emploi, les dépenses des ménages, les loyers et les mesures d’inflation fondamentale.
Si davantage de catégories commencent à afficher de fortes hausses de prix, la pression pour augmenter les taux pourrait devenir difficile à ignorer.
À l’inverse, un ralentissement marqué de l’économie pourrait convaincre la banque centrale de patienter.
Le message pour les Canadiens : l’inflation n’est pas encore vaincue
Après plusieurs mois où les ménages pouvaient espérer que la bataille contre l’inflation approchait de sa fin, les données d’août rappellent une réalité beaucoup moins confortable.
L’inflation reste à 3 %, l’essence coûte encore 22,8 % plus cher qu’il y a un an, les loyers accélèrent et une part croissante des prix augmente de plus de 3 %.
Les mesures fondamentales restent relativement rassurantes, mais les premiers signes de propagation des coûts de l’énergie commencent à apparaître.
Pour les propriétaires et les acheteurs, la conséquence est particulièrement importante : les marchés voient maintenant environ 75 % de chances que la Banque du Canada augmente ses taux dès le mois prochain.
Après des années de lutte contre la hausse du coût de la vie, le Canada découvre donc que le combat n’est peut-être pas terminé. Et si l’énergie continue d’alimenter l’inflation, la prochaine mauvaise surprise pourrait arriver directement sur les paiements hypothécaires.