Épargne vidée, cartes de crédit utilisées pour survivre : le budget des Canadiens craque sous la pression
Le coût de la vie continue de frapper fort. Selon un récent sondage d’Equifax, plusieurs Canadiens ne coupent plus seulement dans les loisirs : ils utilisent maintenant leur épargne, leurs cartes de crédit ou d’autres formes d’emprunt pour payer les dépenses de base.
Le signal est inquiétant. Quand un ménage commence à utiliser le crédit pour l’épicerie, le transport, le logement ou les factures courantes, ce n’est plus seulement une question de budget serré. C’est souvent le début d’un cercle difficile à briser.
Et les jeunes ménages semblent particulièrement touchés.
Les dépenses continuent d’augmenter
Le sondage d’Equifax, réalisé auprès de 1 532 adultes canadiens en juillet, montre que 40 % des répondants dépensent plus qu’il y a un an.
Seulement 18 % disent dépenser moins.
En langage simple, beaucoup de ménages ont beau essayer de réduire leurs dépenses, leurs factures continuent de grimper. L’épicerie, le logement, les assurances, le transport, les services et les paiements de dettes prennent de plus en plus de place.
Les personnes de moins de 55 ans sont plus nombreuses à dire qu’elles dépensent davantage, ce qui montre que la pression est particulièrement forte chez les jeunes familles, les premiers acheteurs potentiels et les ménages encore en pleine construction financière.
Des Canadiens utilisent leur épargne pour payer les besoins essentiels
Un chiffre devrait faire réagir : 23 % des répondants disent utiliser leur épargne pour payer les dépenses du quotidien.
Ce n’est pas une petite décision. L’épargne est normalement là pour les imprévus, les projets importants ou la retraite. Lorsqu’elle sert à payer les factures courantes, cela veut dire que le revenu mensuel ne suffit plus toujours.
Pour plusieurs ménages, le coussin de sécurité fond rapidement. Et lorsqu’il n’y a plus d’épargne, la carte de crédit devient souvent le prochain recours.
Le crédit devient une bouée de sauvetage
Selon Equifax, 20 % des répondants disent avoir utilisé davantage le crédit que l’an dernier.
Encore plus préoccupant : 29 % disent utiliser plus souvent le crédit pour payer des besoins essentiels.
Il ne s’agit donc pas seulement de financer des achats non essentiels. Plusieurs ménages utilisent maintenant le crédit pour traverser le mois.
C’est dangereux, parce que les intérêts peuvent s’accumuler rapidement. Une facture payée par carte de crédit aujourd’hui peut coûter beaucoup plus cher demain si le solde n’est pas remboursé au complet.
Certains doivent même emprunter ailleurs pour vivre
Le sondage indique aussi que 13 % des répondants ont emprunté de l’argent ailleurs pour couvrir leurs dépenses de base.
Cela peut inclure des prêts personnels, des marges de crédit, de l’aide familiale ou d’autres formes d’emprunt.
Quand les dettes servent à payer les dettes ou les dépenses essentielles, la situation peut se détériorer rapidement. Le ménage perd alors de la flexibilité financière.
Les paiements minimums deviennent un piège
Un quart des répondants, soit 25 %, s’attendent à ne pouvoir faire que les paiements minimums sur leurs dettes chaque mois.
C’est un piège silencieux.
Faire le paiement minimum permet d’éviter un retard immédiat, mais cela ne règle pas vraiment le problème. Le solde diminue très lentement, les intérêts s’accumulent, et la dette peut rester présente pendant des années.
Encore plus inquiétant : 7 % des répondants pensent qu’ils pourraient prendre du retard dans leurs paiements de dettes.
Les jeunes ménages sont plus vulnérables
Equifax souligne que les Canadiens de moins de 55 ans sont plus susceptibles d’utiliser le crédit pour payer leurs dépenses courantes.
Les ménages avec enfants sont aussi plus exposés au risque de ne faire que les paiements minimums.
C’est facile à comprendre. Les jeunes ménages doivent souvent gérer plusieurs pressions en même temps : loyer ou hypothèque, garderie, transport, épicerie, dettes d’études, paiements d’auto, assurances et épargne pour l’avenir.
Au Québec, cette réalité touche directement les familles qui essaient d’acheter une première propriété ou de garder une marge de sécurité après un achat récent.
Le rêve de propriété devient plus difficile
Cette pression financière a un effet direct sur le marché immobilier.
Quand un ménage utilise son épargne pour payer les dépenses courantes, il devient beaucoup plus difficile d’accumuler une mise de fonds.
Quand les soldes de cartes de crédit augmentent, la capacité d’emprunt peut diminuer. Les prêteurs regardent les dettes existantes avant d’approuver une hypothèque.
Résultat : plusieurs acheteurs potentiels peuvent être forcés de reporter leur projet d’achat, même s’ils ont un bon revenu sur papier.
Les propriétaires ne sont pas à l’abri
Les propriétaires actuels peuvent aussi être touchés.
Un renouvellement hypothécaire à un paiement plus élevé, combiné à des dettes de carte de crédit, peut mettre beaucoup de pression sur un budget familial.
À cela s’ajoutent les taxes municipales, les assurances habitation, les frais de condo, les réparations et l’entretien.
Un propriétaire peut donc avoir une maison, mais très peu de marge financière. Et lorsque les imprévus arrivent, la carte de crédit peut devenir la solution de dernier recours.
Les ménages coupent dans les dépenses non essentielles
Plusieurs Canadiens essaient déjà de réduire leurs dépenses.
Selon Equifax, 67 % des répondants ont réduit leurs dépenses en divertissement et loisirs.
De plus, 40 % ont coupé dans les soins personnels.
Ces choix montrent que les ménages tentent de reprendre le contrôle. Mais lorsque les dépenses essentielles montent trop rapidement, couper dans les loisirs ne suffit pas toujours.
L’avenir financier inquiète de plus en plus
Le sondage montre aussi que plusieurs Canadiens s’inquiètent pour leur avenir.
Près de 44 % des répondants craignent de ne pas pouvoir épargner suffisamment pour la retraite.
Environ 35 % s’inquiètent de ne pas pouvoir financer un achat important, comme une mise de fonds pour une propriété.
Et 26 % craignent de ne pas pouvoir aider financièrement leurs proches, que ce soit pour les études des enfants ou le soutien à des parents vieillissants.
Ce ne sont pas de petites inquiétudes. Ce sont des signes qu’une partie des ménages se sentent coincés entre les factures d’aujourd’hui et les projets de demain.
Le danger : attendre trop longtemps
Le plus grand risque est de banaliser la situation.
Une carte de crédit utilisée une fois pour l’épicerie peut sembler temporaire. Un paiement minimum peut sembler acceptable pour un mois. Une petite dette peut sembler gérable.
Mais lorsque ces habitudes se répètent, le problème peut grossir rapidement.
Le signal d’alarme est clair : si les soldes augmentent mois après mois et qu’il devient difficile de les rembourser, il faut agir avant que les options deviennent plus limitées.
Les signes qu’il faut réagir immédiatement
Certains signes montrent qu’un ménage doit revoir sa situation sans attendre :
- l’épargne sert à payer les dépenses courantes;
- les cartes de crédit servent à payer l’épicerie ou les factures;
- les soldes de cartes augmentent chaque mois;
- seuls les paiements minimums sont faits;
- une carte sert à payer une autre dette;
- les dépenses essentielles dépassent le revenu disponible;
- il n’y a plus de coussin d’urgence;
- les retards de paiement commencent à apparaître.
Plus on agit tôt, plus il est possible de corriger la trajectoire.
Que faire pour reprendre le contrôle?
La première étape est de regarder les vrais chiffres.
Il faut noter les revenus, les dépenses essentielles, les dettes, les taux d’intérêt et les paiements minimums. Sans ce portrait complet, il est difficile de choisir la bonne solution.
Ensuite, il faut prioriser les paiements importants, éviter d’ajouter de nouvelles dettes et contacter les prêteurs si les paiements deviennent difficiles.
Un organisme de conseil en crédit peut aussi aider à établir un plan avant que la situation devienne critique.
Ce que cela signifie pour le marché immobilier québécois
Au Québec, cette pression financière peut ralentir certains projets immobiliers.
Un acheteur qui voulait entrer sur le marché peut devoir repousser son achat. Un propriétaire qui voulait vendre pour acheter plus grand peut décider d’attendre. Un ménage qui renouvelle son hypothèque peut devenir beaucoup plus prudent.
À Montréal, Laval, Longueuil, sur la Rive-Nord, sur la Rive-Sud et dans la région de Québec, les prix demeurent élevés dans plusieurs secteurs. Si les ménages ont moins d’épargne et plus de dettes, l’accès à la propriété devient encore plus difficile.
Ce qu’il faut retenir
Selon le sondage d’Equifax, plusieurs Canadiens sont sous pression financière. Une partie importante des ménages dépense plus qu’il y a un an, utilise son épargne pour payer les besoins essentiels ou s’appuie davantage sur le crédit.
Les chiffres sont inquiétants : 23 % utilisent leur épargne pour les dépenses du quotidien, 20 % utilisent plus de crédit qu’avant, 29 % utilisent davantage le crédit pour les besoins essentiels et 25 % prévoient faire seulement les paiements minimums sur leurs dettes.
Le message est urgent : quand le crédit sert à survivre, le budget est déjà en danger.
Pour les ménages québécois, cette réalité peut retarder l’achat d’une propriété, compliquer un renouvellement hypothécaire ou réduire la capacité à faire face aux imprévus.
Il ne faut pas attendre que les retards de paiement commencent. Le moment d’agir, c’est dès que les soldes montent plus vite qu’ils ne baissent.