Insolvabilités au Canada : la hausse de 9,4 % en un seul mois sonne l’alarme
Les difficultés financières frappent de plus en plus de Canadiens. En juin, le nombre d’insolvabilités a brusquement augmenté de 9,4 % en seulement un mois, atteignant son niveau le plus élevé depuis juillet 2025.
Et le phénomène ne semble pas être un simple accident statistique. Comparativement à juin de l’année précédente, les insolvabilités ont progressé de 11,5 %.
Derrière ces chiffres se trouvent des ménages qui n’arrivent plus à suivre le rythme : hypothèque ou loyer, cartes de crédit, prêts automobiles, épicerie, assurances et autres dépenses courantes continuent de gruger une part importante du budget.
De plus en plus de Canadiens doivent négocier avec leurs créanciers
Une insolvabilité ne signifie pas automatiquement une faillite.
En fait, environ 76 % des dossiers enregistrés sont des propositions aux créanciers. Cette solution permet généralement à une personne très endettée de négocier une nouvelle entente afin de rembourser une partie de ses dettes selon des modalités plus supportables.
Mais même ce recours est en forte progression.
- Les propositions ont augmenté de 11,3 % en un an.
- Les faillites ont grimpé de 12,2 %.
- L’ensemble des insolvabilités est maintenant 12,5 % plus élevé qu’en 2019.
Le changement est encore plus spectaculaire lorsqu’on regarde uniquement les propositions : elles sont aujourd’hui 44,7 % plus nombreuses qu’en 2019.
À l’inverse, les faillites demeurent environ 33,5 % sous leur niveau de 2019. Autrement dit, plusieurs consommateurs tentent d’éviter la faillite complète en négociant plutôt une entente avec leurs créanciers.
La situation se détériore presque partout au pays
Le problème ne touche pas seulement une région. Les insolvabilités ont augmenté par rapport à l’année précédente dans neuf provinces canadiennes sur dix.
Certaines hausses sont particulièrement frappantes :
- Île-du-Prince-Édouard : +50 %
- Saskatchewan : +28,1 %
- Nouveau-Brunswick : +27,1 %
- Colombie-Britannique : +17,2 %
- Ontario : +14 %
Mais lorsqu’on compare la situation actuelle avec celle de 2019, certains écarts deviennent encore plus impressionnants.
Les insolvabilités sont maintenant supérieures de 56 % en Colombie-Britannique, de 37,1 % au Manitoba, de 33,8 % en Ontario et de 21 % en Saskatchewan.
Le poids des dettes devient difficile à supporter
Une partie du problème s’explique par le niveau d’endettement élevé des ménages.
Dans plusieurs provinces, notamment la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Manitoba, l’Alberta et la Saskatchewan, les consommateurs portent un niveau de dette par rapport à leur revenu disponible supérieur à la moyenne canadienne.
Et quand une famille utilise déjà une grande partie de son revenu pour payer ses dettes, la moindre mauvaise surprise peut rapidement devenir un problème majeur.
Une réparation automobile imprévue, une hausse des paiements hypothécaires, quelques mois avec des dépenses plus élevées ou une diminution du revenu peuvent suffire à faire basculer un budget déjà fragile.
Le prochain danger pourrait venir du marché de l’emploi
C’est probablement le facteur à surveiller de plus près au cours des prochains mois.
Pour l’instant, les conditions du marché du travail ne soulèvent pas d’alarme majeure. Mais une détérioration de l’emploi pourrait rapidement changer la situation.
Une perte d’emploi ou une baisse importante de revenu peut devenir particulièrement dangereuse pour les ménages déjà fortement endettés.
Si le chômage augmente et que davantage de Canadiens voient leurs revenus diminuer, le nombre d’insolvabilités pourrait continuer à monter.
Les entreprises commencent elles aussi à ressentir la pression
Les consommateurs ne sont pas les seuls à éprouver des difficultés.
Les insolvabilités d’entreprises ont augmenté de 7,6 % en juin par rapport au mois précédent et de 5,5 % sur un an.
Elles représentent toutefois moins de 5 % de l’ensemble des dossiers d’insolvabilité au pays.
Un avertissement à ne pas ignorer
Le taux national d’insolvabilité demeure légèrement inférieur à celui observé en 2019 lorsqu’on tient compte de la croissance de la population. Mais la remontée récente demeure préoccupante.
Le signal est clair : une partie grandissante des ménages canadiens commence à manquer d’air financièrement.
Après plusieurs années marquées par la hausse du coût de la vie, des taux d’intérêt élevés et des dépenses de logement importantes, les finances de nombreux consommateurs sont devenues beaucoup plus vulnérables.
Et tant que les revenus ne progressent pas suffisamment pour redonner de l’espace aux budgets familiaux, chaque mauvaise nouvelle économique — particulièrement sur le marché de l’emploi — pourrait pousser davantage de Canadiens vers l’insolvabilité.