Les Canadiens quittent le pays à un rythme presque record : un nouveau signal inquiétant pour l’économie et l’immobilier
Le Canada attire toujours énormément de nouveaux arrivants, mais un phénomène beaucoup moins discuté prend de l’ampleur : de plus en plus de Canadiens et de résidents permanents quittent le pays.
Au deuxième trimestre de 2026, environ 24 930 personnes ont émigré, soit l’un des niveaux les plus élevés observés pour cette période depuis plus de 70 ans. Sur douze mois, plus de 112 000 personnes ont quitté le Canada.
Encore plus frappant : lorsque l’on soustrait ceux qui reviennent au pays, le Canada a enregistré une sortie nette de près de 61 800 personnes sur douze mois, un niveau comparable aux grandes années du « brain drain » des années 1990.
Ce n’est plus simplement une anomalie
Le phénomène dure depuis plusieurs années.
Au deuxième trimestre seulement, près de 12 900 personnes de plus ont quitté le Canada qu’elles n’y sont revenues. Il s’agit de l’un des plus importants écarts jamais observés pour cette période de l’année.
Le vrai signal d’alarme n’est donc pas un trimestre particulièrement mauvais : c’est la persistance de la tendance.
Pourquoi cela pourrait toucher l’immobilier
À l’échelle nationale, ces départs ne suffisent pas à eux seuls à faire chuter la demande de logements, surtout dans un pays qui continue d’accueillir beaucoup d’immigrants.
Mais l’endroit où les gens partent — et le type de ménages qui quittent — peut avoir énormément d’importance.
Si des travailleurs actifs, des professionnels ou des familles quittent certaines grandes villes pour poursuivre leur carrière ailleurs, cela peut retirer des acheteurs potentiels du marché immobilier local.
Moins d’acheteurs signifie moins de compétition, des propriétés qui peuvent rester plus longtemps sur le marché et davantage de pouvoir de négociation pour ceux qui restent.
Toronto et Vancouver pourraient être plus sensibles
Les marchés où les prix sont extrêmement élevés sont naturellement les plus vulnérables à ce type de mouvement.
Un ménage qui peut obtenir un meilleur salaire ou un coût de vie plus faible ailleurs peut commencer à se demander s’il vaut réellement la peine de payer plus d’un million de dollars pour devenir propriétaire.
Si suffisamment de ménages arrivent à la même conclusion, cela peut ajouter une nouvelle pression sur des marchés qui connaissent déjà des ventes faibles et davantage d’inventaire.
Et au Québec?
Montréal, Laval et Québec ne sont pas automatiquement à l’abri, mais la situation pourrait être différente selon les secteurs.
Le Québec continue d’attirer de nouveaux résidents et son marché immobilier a mieux résisté que plusieurs marchés de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.
Mais si l’émigration devient un phénomène durable chez les travailleurs qualifiés, la question dépassera largement l’immobilier : elle touchera aussi l’emploi, les revenus, les entreprises et éventuellement la capacité des ménages à acheter des propriétés.
Quel impact sur les hypothèques?
Le lien avec les taux hypothécaires est moins direct.
Le départ de Canadiens ne fera pas automatiquement monter ou baisser les taux.
Mais si l’émigration devient assez importante pour affaiblir la croissance économique, réduire la consommation ou ralentir certains marchés du travail, la Banque du Canada pourrait éventuellement devoir en tenir compte dans son évaluation de l’économie.
À l’inverse, les taux hypothécaires élevés et le coût du logement peuvent eux-mêmes rendre le Canada moins attrayant pour certains ménages mobiles.
Le logement peut donc devenir à la fois une conséquence du problème et l’une des raisons qui poussent certaines personnes à regarder ailleurs.
Un avertissement qu’il serait risqué d’ignorer
Le Canada reste loin d’une situation où sa population se vide massivement.
Mais les chiffres montrent quelque chose d’inhabituel : les sorties de résidents atteignent des niveaux rarement observés depuis des décennies et les retours ne compensent plus autant les départs.
Pour le marché immobilier, cela ne signifie pas nécessairement une chute des prix demain matin.
Mais dans un contexte où les taux restent élevés, où les acheteurs sont déjà prudents et où plusieurs grandes villes disposent de davantage de propriétés à vendre, perdre une partie des ménages les plus mobiles et économiquement actifs pourrait devenir un frein supplémentaire à la reprise.
Le problème à surveiller n’est donc plus seulement combien de personnes le Canada réussit à attirer. C’est aussi combien de Canadiens décident qu’ils ont de meilleures possibilités ailleurs — et ce que leur départ pourrait coûter à l’économie et au marché immobilier.