Tarifs américains : pourquoi la Banque du Canada pourrait garder les taux stables… ou devoir les baisser
La Banque du Canada devrait rester prudente dans les prochains mois. Selon une analyse de BMO, le scénario le plus probable demeure un maintien du taux directeur au même niveau pour le reste de l’année.
Mais cette prévision pourrait changer si les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis se détériorent davantage.
En termes simples, si les nouveaux tarifs américains ralentissent trop l’économie canadienne, la Banque du Canada pourrait éventuellement devoir rouvrir la porte à des baisses de taux.
De nouveaux tarifs qui créent de l’incertitude
Les États-Unis ont annoncé de nouveaux tarifs douaniers de 50 % sur certains produits canadiens, à compter du 19 août.
Un tarif douanier est une taxe ajoutée sur un produit importé. Lorsqu’un produit canadien est vendu aux États-Unis et qu’il est frappé par un tarif, il devient plus cher pour l’acheteur américain.
Résultat : les entreprises canadiennes peuvent vendre moins facilement leurs produits aux États-Unis, surtout si leurs clients américains trouvent des options moins coûteuses ailleurs.
Quels produits seraient touchés?
Selon l’analyse de BMO, les nouveaux tarifs viseraient environ 28 milliards de dollars canadiens d’exportations vers les États-Unis.
Les produits touchés incluraient notamment :
- les boissons alcoolisées;
- le ciment;
- certains produits laitiers;
- le bois et le papier;
- les produits chimiques et plastiques;
- certains produits électroniques;
- certains équipements industriels.
Certains secteurs seraient toutefois exemptés, comme l’énergie, la potasse, les minéraux critiques, le poisson et certains produits déjà visés par d’autres mesures commerciales.
Pourquoi cela compte pour l’économie canadienne?
Les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Canada. Quand les exportations canadiennes vers les États-Unis deviennent plus difficiles, cela peut toucher des entreprises, des emplois et des investissements.
Selon BMO, les produits ciblés représenteraient environ 5 % des exportations canadiennes de marchandises vers les États-Unis et près de 0,8 % du PIB canadien.
Le PIB mesure la taille de l’économie. Si les exportations ralentissent, cela peut réduire la croissance économique du pays.
Un impact possible sur la croissance
Selon certaines estimations économiques, si ces tarifs restent en place, ils pourraient retrancher entre 0,3 et 0,6 point de pourcentage à la croissance du Canada au cours de la prochaine année.
Cela ne veut pas dire que l’économie canadienne tomberait automatiquement en crise. Mais cela ajoute une pression supplémentaire dans un contexte déjà fragile.
Le marché du travail ralentit, les ménages sont prudents et plusieurs entreprises hésitent déjà avant d’investir. De nouveaux tarifs peuvent donc renforcer cette incertitude.
Pourquoi la Banque du Canada pourrait attendre?
La Banque du Canada a récemment maintenu son taux directeur à 2,25 % pour une sixième décision consécutive.
Pour l’instant, BMO estime que la Banque du Canada est surtout en mode attente. Elle ne semble pas pressée de baisser les taux, mais elle devrait aussi être très prudente avant de les augmenter.
La raison est simple : l’inflation a ralenti, mais l’économie n’est pas encore assez solide pour absorber facilement de nouveaux chocs.
Pourquoi des baisses de taux pourraient revenir dans la discussion?
Si les tarifs américains nuisent fortement aux entreprises canadiennes, cela pourrait ralentir l’économie.
Moins d’exportations peuvent vouloir dire moins de revenus pour certaines entreprises, moins d’embauche, moins d’investissements et parfois même des pertes d’emplois.
Dans ce type de situation, la Banque du Canada pourrait envisager de baisser les taux pour soutenir l’économie.
Une baisse de taux rend généralement certains emprunts moins coûteux. Cela peut aider les ménages et les entreprises, mais seulement si l’inflation reste sous contrôle.
Le dilemme de la Banque du Canada
La Banque du Canada doit trouver un équilibre difficile.
Si elle baisse les taux trop rapidement, elle risque de raviver l’inflation. Mais si elle garde les taux trop élevés pendant que l’économie ralentit, elle peut rendre la situation plus difficile pour les ménages et les entreprises.
Les nouveaux tarifs américains compliquent donc la décision. Ils peuvent ralentir la croissance, mais aussi augmenter certains coûts dans les chaînes d’approvisionnement.
Quel impact pour les ménages québécois?
Au Québec, cette situation peut sembler loin du quotidien, mais elle peut avoir des conséquences concrètes.
Les entreprises qui exportent vers les États-Unis pourraient devenir plus prudentes. Certaines pourraient retarder des embauches, réduire des investissements ou revoir leurs projets.
Pour les ménages, cela peut influencer la confiance. Quand l’économie devient plus incertaine, plusieurs personnes hésitent avant d’acheter une maison, de vendre, de rénover ou de prendre une nouvelle dette.
Quel lien avec le marché immobilier?
Le marché immobilier dépend beaucoup de la confiance des acheteurs, de la stabilité de l’emploi et des taux d’intérêt.
Si l’incertitude commerciale ralentit l’économie, certains acheteurs pourraient décider d’attendre avant de passer à l’action.
À l’inverse, si cette incertitude pousse éventuellement la Banque du Canada à réduire les taux, certains acheteurs pourraient retrouver un peu de capacité financière.
Mais il ne faut pas conclure trop vite. Une baisse de taux possible ne règle pas automatiquement le problème de l’abordabilité. Les prix des propriétés, les taxes municipales, les assurances, les frais de condo et les coûts d’entretien demeurent importants.
Les propriétaires qui renouvellent doivent rester attentifs
Pour les propriétaires qui doivent renouveler leur hypothèque, cette situation est aussi importante à surveiller.
Si les taux restent stables, les paiements pourraient demeurer prévisibles à court terme. Si l’économie ralentit davantage et que la Banque du Canada baisse éventuellement son taux, certains renouvellements futurs pourraient être un peu moins lourds.
Mais les marchés peuvent changer rapidement. Il est donc préférable de préparer son renouvellement plusieurs mois à l’avance, de comparer les options et de garder une marge de sécurité dans son budget.
Ce que cela signifie pour les acheteurs
Pour les acheteurs, le message est simple : il ne faut pas baser une décision d’achat seulement sur une possible baisse de taux.
Il faut plutôt regarder sa situation personnelle :
- la stabilité de son emploi;
- le revenu disponible après les dépenses essentielles;
- la mise de fonds;
- les dettes existantes;
- le paiement hypothécaire possible;
- les taxes, assurances et frais d’entretien;
- la marge pour les imprévus.
Un marché incertain demande plus de prudence, pas plus de précipitation.
Ce que cela signifie pour les vendeurs
Pour les vendeurs, l’incertitude économique peut rendre les acheteurs plus hésitants.
Une propriété bien située, bien entretenue et bien évaluée peut encore attirer de l’intérêt, surtout au Québec où l’offre demeure limitée dans plusieurs secteurs.
Par contre, un prix trop élevé peut repousser les acheteurs, surtout si ceux-ci craignent un ralentissement économique ou une instabilité de l’emploi.
Ce qu’il faut retenir
Selon BMO, la Banque du Canada devrait probablement maintenir son taux directeur stable pour le reste de l’année, mais les nouveaux tarifs américains pourraient changer la donne si les relations commerciales se détériorent davantage.
Ces tarifs pourraient nuire à certaines exportations canadiennes, ralentir la croissance et peser sur la confiance des entreprises et des ménages.
Pour le marché immobilier québécois, l’impact se fera surtout sentir à travers les taux d’intérêt, l’emploi et la confiance des acheteurs.
La situation ne signifie pas qu’une baisse de taux est garantie. Elle signifie plutôt que la Banque du Canada devra rester flexible. Pour les ménages, la meilleure stratégie reste la même : calculer prudemment, éviter de trop s’endetter et garder une marge de sécurité.