Taux d’intérêt : la Banque du Canada refuse de suivre la Fed… et pourrait surprendre les marchés
Les marchés financiers parient de nouveau sur une hausse des taux au Canada. La Réserve fédérale américaine vient elle-même de relever son taux. Pourtant, la Banque du Canada envoie maintenant un message très clair : elle ne suivra ni Washington ni les investisseurs automatiquement.
Le gouverneur de la Banque du Canada affirme que les prochaines décisions seront prises en fonction de ce qui se passe réellement dans l’économie canadienne.
Pour les propriétaires, acheteurs et ménages qui doivent renouveler leur hypothèque, cette distinction est cruciale.
Une hausse de taux au Canada n’est donc pas garantie simplement parce que les États-Unis augmentent les leurs ou parce que les marchés financiers l’anticipent.
La Banque du Canada : « Nous déciderons pour le Canada »
Le message de la banque centrale est essentiellement le suivant : l’économie canadienne n’est pas l’économie américaine.
Les deux pays font face à une inflation élevée, mais leurs situations économiques sont différentes.
La Banque du Canada entend donc continuer à établir sa politique monétaire selon l’inflation, la croissance, l’emploi et les risques économiques observés ici.
Elle ne veut pas augmenter ses taux simplement parce que la Réserve fédérale américaine le fait.
La Fed vient pourtant d’augmenter son taux
La situation américaine alimente néanmoins la nervosité des marchés.
La Réserve fédérale vient de relever son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, portant sa fourchette cible entre 3,75 % et 4 %.
Le taux directeur canadien se situe toujours à 2,25 %.
L’écart entre les taux des deux pays est donc maintenant important, soit environ 1,5 à 1,75 point de pourcentage.
Certains investisseurs craignent qu’un écart aussi grand finisse par exercer davantage de pression sur le dollar canadien et sur l’inflation.
Mais pour la Banque du Canada, ce facteur ne suffit pas à lui seul pour justifier une hausse.
Le taux canadien est bloqué à 2,25 % depuis presque un an
La Banque du Canada est restée sur la touche pendant une grande partie de l’année.
Son taux directeur demeure à 2,25 %, pendant qu’elle tente de comprendre l’effet de deux énormes chocs sur l’économie :
- la guerre commerciale avec les États-Unis;
- la flambée des prix mondiaux de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient.
Ces deux phénomènes poussent toutefois l’économie dans des directions opposées.
Les tarifs risquent de ralentir la croissance et l’emploi.
Les prix élevés de l’énergie risquent plutôt de maintenir l’inflation trop forte.
C’est exactement ce qui rend la prochaine décision si difficile.
Les marchés, eux, parient encore sur une hausse
Malgré le discours prudent de la Banque du Canada, les marchés financiers continuent d’anticiper une hausse des taux.
Les inquiétudes concernant l’inflation ont augmenté, notamment parce que les prix du pétrole demeurent élevés.
Les rendements des obligations canadiennes ont également fortement progressé.
Mais il faut comprendre une chose importante : les marchés ne décident pas du taux directeur.
Ils essaient simplement de prévoir ce que la Banque fera.
Et ces prévisions peuvent changer extrêmement rapidement lorsque de nouvelles données économiques arrivent.
Les économistes sont beaucoup moins convaincus
Plusieurs économistes restent sceptiques quant à une hausse des taux avant la fin de 2026.
Certains pensent plutôt qu’une première augmentation pourrait arriver au début de 2027 si l’inflation reste trop élevée.
La raison de cette prudence est simple : l’économie canadienne pourrait ralentir considérablement dans les prochains mois.
Les nouveaux tarifs américains pourraient réduire les exportations, retarder les investissements et ralentir les embauches.
Une économie qui perd de la vitesse donne normalement à une banque centrale de bonnes raisons d’éviter de rendre le crédit encore plus coûteux.
La Banque doit maintenant répondre à une seule grande question
Pour la Banque du Canada, la question centrale n’est pas de savoir ce que fait la Fed.
Elle est beaucoup plus simple :
Le taux actuel de 2,25 % est-il suffisant pour ramener durablement l’inflation vers 2 %?
Si oui, la Banque peut rester sur la touche.
Si l’inflation devient plus persistante et commence à se propager à davantage de biens et services, elle pourrait être forcée d’agir.
Mais augmenter les taux alors que l’inflation est déjà maîtrisée aurait un coût important : cela ralentirait inutilement l’économie.
L’inflation canadienne reste à 3 %
Voilà pourquoi les prochaines données seront aussi importantes.
L’inflation canadienne est restée autour de 3 % en juillet et en août.
C’est supérieur à la cible de 2 % de la Banque du Canada.
Une grande partie de cette pression vient toutefois des prix mondiaux de l’énergie.
Le pétrole et les produits raffinés sont devenus beaucoup plus coûteux à la suite du conflit au Moyen-Orient.
La grande inquiétude est maintenant de savoir si cette hausse finira par se transmettre au transport, aux aliments, aux matériaux et à d’autres produits.
Si l’inflation reste concentrée dans l’énergie, la Banque pourrait patienter. Si elle se généralise, la situation devient beaucoup plus dangereuse.
La guerre commerciale pourrait justement empêcher une hausse rapide
De l’autre côté de l’équation, les nouvelles restrictions commerciales américaines menacent la croissance canadienne.
Les entreprises directement touchées pourraient réduire leurs investissements et ralentir les embauches.
L’incertitude peut également pousser les consommateurs à devenir plus prudents.
Si cette faiblesse s’accentue en 2027, le marché du travail pourrait lui aussi se détériorer.
La Banque du Canada pourrait donc se retrouver avec une inflation trop élevée, mais une économie trop faible pour supporter facilement une hausse des taux.
Qu’est-ce que cela signifie pour les hypothèques variables?
Pour les détenteurs d’une hypothèque variable, le message est plutôt clair : une hausse n’est pas décidée d’avance.
Si l’économie canadienne ralentit suffisamment et que l’inflation se calme, la Banque du Canada pourrait continuer à maintenir son taux à 2,25 %.
À l’inverse, si les prix élevés de l’énergie commencent à contaminer davantage l’inflation, une augmentation deviendrait plus probable.
Les prochains mois dépendront donc beaucoup plus des statistiques canadiennes que des décisions prises à Washington.
Mais les taux fixes peuvent monter même si la Banque ne bouge pas
C’est probablement la distinction la plus importante pour les acheteurs.
Une Banque du Canada immobile ne garantit absolument pas que les taux hypothécaires fixes resteront immobiles.
Les taux fixes sont largement influencés par les rendements obligataires.
Or, ceux-ci ont déjà fortement augmenté au Canada, en partie parce que les rendements américains ont eux aussi progressé.
Le Canada peut donc maintenir son taux directeur à 2,25 % pendant que les banques augmentent quand même leurs taux hypothécaires fixes.
Le Canada « importe » une partie de la pression américaine
C’est là que la situation devient particulièrement frustrante.
La Banque du Canada peut décider indépendamment de la Fed.
Mais les marchés financiers canadiens ne vivent pas dans une bulle.
Lorsque les obligations américaines offrent des rendements beaucoup plus élevés, les obligations canadiennes peuvent devoir offrir elles aussi des rendements plus attrayants pour demeurer compétitives.
Cette pression peut finir par se retrouver dans les taux fixes proposés aux propriétaires canadiens.
La Banque du Canada peut donc ignorer une hausse de la Fed dans sa décision officielle sans pouvoir complètement isoler les emprunteurs canadiens de ses conséquences financières.
Pour le marché immobilier, cette distinction change tout
Si la Banque du Canada maintient son taux pendant que les taux fixes demeurent élevés, le marché immobilier pourrait rester dans une situation étrange.
Les propriétaires à taux variable éviteraient une nouvelle augmentation immédiate.
Mais les acheteurs qui magasinent un nouveau prêt fixe pourraient continuer à faire face à des coûts élevés.
Les personnes qui renouvellent leur hypothèque pourraient elles aussi recevoir des offres moins avantageuses qu’espéré.
Le marché immobilier pourrait donc rester sous pression même sans nouvelle hausse officielle de la Banque du Canada.
Les acheteurs pourraient continuer d’attendre
Pour un acheteur, toute cette incertitude complique énormément la décision.
Faut-il acheter maintenant?
Attendre une éventuelle baisse?
Choisir un taux variable?
Verrouiller un taux fixe?
Lorsque les perspectives deviennent aussi difficiles à prévoir, beaucoup de ménages préfèrent tout simplement ne rien faire.
Et cette attente peut réduire davantage les ventes immobilières, particulièrement dans les marchés où l’inventaire augmente déjà.
Au Québec, davantage de choix pourrait donner du pouvoir aux acheteurs
Le Québec a jusqu’ici mieux résisté que certains grands marchés de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.
Mais Montréal, Laval et les autres régions ne sont pas isolés de l’environnement hypothécaire canadien.
Si les coûts de financement restent élevés pendant que l’économie ralentit, les acheteurs pourraient devenir encore plus sélectifs.
Dans les secteurs où davantage de propriétés sont disponibles, cela peut donner plus de temps pour visiter, comparer et négocier.
Pour les vendeurs, afficher un prix trop ambitieux pourrait donc devenir de plus en plus risqué.
Une hausse trop rapide pourrait faire plus de mal que de bien
La Banque du Canada reconnaît également qu’elle doit éviter de réagir trop agressivement.
Les changements de taux prennent du temps avant de produire leurs effets complets dans l’économie.
Une hausse décidée aujourd’hui peut continuer à ralentir les ménages et les entreprises plusieurs mois plus tard.
Si la Banque augmente les taux alors que les pressions inflationnistes sont déjà en train de disparaître, elle risque donc de ralentir inutilement l’économie et le marché immobilier.
Mais attendre trop longtemps comporte le risque inverse : laisser l’inflation devenir plus difficile à contrôler.
La prochaine décision dépendra surtout des données canadiennes
Les prochaines statistiques sur l’inflation, l’emploi, la consommation et la croissance seront donc déterminantes.
La Banque surveillera également l’impact des nouveaux tarifs américains et l’évolution des prix du pétrole.
Un ralentissement marqué de l’emploi pourrait renforcer l’argument en faveur du maintien des taux.
Une inflation de plus en plus généralisée pourrait produire exactement l’effet inverse.
La Fed monte ses taux, mais le Canada pourrait ne pas suivre
C’est finalement le message essentiel envoyé aux Canadiens.
La Réserve fédérale américaine peut augmenter ses taux. Les investisseurs peuvent parier sur une hausse canadienne. Mais aucune de ces deux choses ne signifie que la Banque du Canada est obligée de suivre.
La banque centrale dit vouloir regarder d’abord l’économie canadienne.
Pour les propriétaires et les acheteurs, cela apporte une petite dose de soulagement : une nouvelle hausse n’est pas automatique.
Mais cela ne signifie pas non plus que le financement deviendra rapidement moins cher.
Les taux fixes restent exposés aux marchés obligataires, tandis que les taux variables dépendront du combat entre une économie qui ralentit et une inflation qui refuse encore de disparaître.
Pour le marché immobilier, le scénario le plus probable à court terme pourrait donc être celui que beaucoup détestent : encore de l’incertitude, des acheteurs prudents et des propriétaires qui doivent continuer à surveiller chaque nouvelle donnée économique avant de savoir dans quelle direction les hypothèques vont réellement bouger.