Photos immobilières modifiées par l’IA : les courtiers peuvent-ils vraiment tout changer?
L’intelligence artificielle transforme rapidement le secteur immobilier. Aujourd’hui, il est possible d’améliorer une photo en quelques secondes, d’ajouter du mobilier virtuel à une pièce vide ou même de modifier l’apparence extérieure d’une propriété.
Mais jusqu’où peut-on aller avant de franchir la ligne entre marketing et représentation trompeuse?
Une récente controverse impliquant une propriété mise en marché au Québec a relancé le débat sur l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les annonces immobilières.
L’IA devient un nouvel outil pour les courtiers
De plus en plus de photographes et de professionnels de l’immobilier utilisent l’intelligence artificielle pour améliorer leurs photos.
Certaines utilisations sont relativement simples et généralement bien acceptées par les consommateurs.
Par exemple, il est possible de corriger l’éclairage d’une pièce, remplacer un ciel gris par un ciel bleu ou encore effectuer ce qu’on appelle du « home staging virtuel », soit l’ajout numérique de meubles dans une pièce vide afin d’aider les acheteurs à mieux visualiser l’espace.
Ces pratiques sont déjà largement répandues dans plusieurs marchés immobiliers à travers le monde.
Quand l’amélioration devient une transformation
Le problème survient lorsque les modifications changent réellement les caractéristiques de la propriété.
Ajouter des fenêtres qui n’existent pas, modifier la façade, supprimer des éléments visibles ou embellir de façon importante certaines composantes du bâtiment peut donner aux acheteurs une impression qui ne correspond pas à la réalité.
Dans un contexte où les acheteurs prennent souvent leur première décision à partir des photos publiées en ligne, la question devient particulièrement importante.
Une image trop modifiée peut influencer l’intérêt d’un acheteur et créer des attentes irréalistes avant même la visite de la propriété.
La position de l’OACIQ
L’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ) ne s’oppose pas à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine immobilier.
Au contraire, l’organisme reconnaît que ces nouvelles technologies peuvent offrir plusieurs avantages lorsqu’elles sont utilisées correctement.
Toutefois, l’OACIQ rappelle que l’utilisation de l’IA doit toujours respecter des principes d’éthique, de transparence et de protection du public.
Selon sa position, toute image générée ou modifiée à l’aide de l’intelligence artificielle devrait être clairement identifiée comme telle.
L’organisme précise également que l’IA ne doit jamais être utilisée pour cacher, modifier ou dissimuler des éléments qui pourraient influencer la décision d’un acheteur.
Autrement dit, améliorer une photo est une chose. Modifier la réalité en est une autre.
Une question de confiance
Le marché immobilier repose largement sur la confiance.
Les acheteurs doivent pouvoir se fier aux informations présentées dans une annonce afin de prendre des décisions éclairées.
Si les consommateurs commencent à douter de l’authenticité des photos publiées, cela risque d’affecter la crédibilité de l’ensemble de l’industrie.
C’est pourquoi plusieurs experts estiment que les courtiers et les photographes devraient adopter des règles claires concernant l’utilisation de l’intelligence artificielle.
Les avantages de l’IA lorsqu’elle est bien utilisée
Malgré les inquiétudes, l’intelligence artificielle offre également de nombreux avantages aux acheteurs et aux vendeurs.
Elle permet notamment de produire des photos plus professionnelles, de créer des visites virtuelles plus réalistes et d’aider les consommateurs à mieux comprendre le potentiel d’une propriété.
Par exemple, montrer à quoi pourrait ressembler une pièce après des rénovations ou présenter différentes possibilités d’aménagement peut être très utile lorsqu’il est clairement indiqué que l’image a été modifiée.
Dans ces situations, l’IA devient un outil d’information plutôt qu’un outil de manipulation.
Une pratique appelée à se développer
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans le secteur immobilier n’en est qu’à ses débuts.
Au cours des prochaines années, les outils deviendront encore plus performants et accessibles.
Les consommateurs verront probablement de plus en plus d’images générées ou améliorées par l’IA dans les annonces immobilières.
La question ne sera donc plus de savoir si cette technologie sera utilisée, mais plutôt comment elle sera encadrée.
Pour les acheteurs comme pour les vendeurs, la règle la plus importante demeure la même : une propriété doit être représentée de façon fidèle et honnête, peu importe les outils utilisés pour la mettre en valeur.