Renouvellement hypothécaire : plusieurs propriétaires ont peu de marge de manœuvre
Pour plusieurs propriétaires canadiens, le renouvellement hypothécaire approche avec une certaine inquiétude. Même si beaucoup de gens croient encore que l’immobilier demeure un bon investissement à long terme, une nouvelle étude de Mortgage Professionals Canada montre que plusieurs ménages ont peu d’espace dans leur budget si leurs paiements augmentent.
Selon cette étude, environ un détenteur d’hypothèque sur trois devra renouveler son prêt dans les 12 prochains mois. Parmi eux, 67 % se disent inquiets à l’idée de renouveler à un taux d’intérêt plus élevé.
Le problème n’est pas seulement le taux d’intérêt. Le vrai enjeu, pour plusieurs familles, est simple : est-ce que le budget mensuel peut absorber un paiement plus élevé?
Une hausse même modérée pourrait faire mal
L’étude indique que 6 % des détenteurs d’hypothèque ont déjà de la difficulté à faire leurs paiements. Un autre 44 % affirme qu’une hausse de moins de 15 % de leur paiement mensuel pourrait leur causer des problèmes.
Autrement dit, plusieurs propriétaires arrivent à payer leur hypothèque aujourd’hui, mais leur marge de sécurité est mince. Si le paiement augmente au renouvellement, certains ménages pourraient devoir couper ailleurs : sorties, vacances, épargne, rénovations, achats importants ou dépenses non essentielles.
Au Québec, et particulièrement dans la grande région de Montréal, cette réalité est très concrète. Les prix des propriétés ont beaucoup augmenté dans les dernières années. Plusieurs acheteurs ont dû emprunter davantage pour accéder à la propriété, surtout sur l’île de Montréal, à Laval, sur la Rive-Nord et sur la Rive-Sud.
Les acheteurs récents sont plus exposés
Les personnes qui ont acheté dans les cinq dernières années semblent ressentir plus de pression. Selon l’étude, 66 % des premiers acheteurs récents sont inquiets de renouveler à un taux plus élevé.
De plus, 37 % regrettent la taille de l’hypothèque qu’ils ont prise. Cela ne veut pas nécessairement dire qu’ils regrettent d’avoir acheté. Cela veut plutôt dire que le montant emprunté pèse plus lourd que prévu dans leur budget.
Cette situation peut toucher particulièrement les ménages qui ont acheté lorsque les prix étaient élevés ou lorsque les taux étaient plus bas. Au moment de renouveler, le paiement peut devenir plus difficile à gérer si le nouveau taux est plus élevé que celui obtenu au départ.
Les nouveaux arrivants ressentent aussi une forte pression
L’étude montre également que les nouveaux arrivants au Canada sont parmi les plus touchés. Environ 68 % d’entre eux se disent inquiets de renouveler à un taux plus élevé, et 57 % regrettent la taille de leur hypothèque.
Leur situation peut être plus fragile pour plusieurs raisons. Certains ont acheté récemment, dans un marché déjà cher. D’autres doivent encore s’adapter au système financier canadien, au coût de la vie, aux frais liés à la propriété et aux règles hypothécaires.
Selon l’étude, 67 % des nouveaux arrivants ont déjà de la difficulté avec leurs paiements ou auraient de la difficulté si leurs paiements augmentaient de moins de 15 %. C’est une proportion importante.
Louer une partie de sa maison devient plus courant
Pour arriver à payer les coûts de propriété, de plus en plus de Canadiens utilisent leur maison pour générer un revenu. Plus du tiers des répondants disent devoir louer une partie de leur propriété pour pouvoir se permettre d’être propriétaires.
C’est une hausse importante par rapport à 2021, alors que cette proportion était de 25 %.
Chez les acheteurs des cinq dernières années, 29 % ont déjà loué une partie de leur maison ou prévoient le faire. Chez les nouveaux arrivants, cette proportion monte à 53 %.
Au Québec, cela peut prendre différentes formes : louer un logement au sous-sol, une partie d’un duplex, une chambre, ou acheter une propriété avec un revenu locatif. Pour certains ménages, ce revenu devient essentiel pour équilibrer le budget.
Les non-propriétaires gardent encore espoir
Malgré les difficultés, plusieurs Canadiens qui ne sont pas encore propriétaires n’ont pas complètement abandonné l’idée d’acheter.
Selon l’étude, 32 % des non-propriétaires pensent ne jamais devenir propriétaires. C’est beaucoup, mais c’est moins qu’en 2023, où cette proportion atteignait 51 %.
En même temps, 66 % des non-propriétaires disent que les conditions actuelles ont retardé leur projet d’achat. Seulement 22 % pensent acheter au cours des deux prochaines années.
Pour certains, acheter voudra dire faire des compromis : choisir un secteur moins cher, s’éloigner du centre-ville, acheter plus petit ou attendre plus longtemps pour accumuler une mise de fonds plus solide.
L’immobilier garde son attrait
Même avec les paiements plus lourds et les renouvellements plus stressants, l’immobilier conserve une image positive auprès de nombreux Canadiens.
L’étude indique que 76 % des répondants considèrent encore l’immobilier canadien comme un bon investissement à long terme. De plus, 74 % voient l’hypothèque comme une “bonne dette”, parce qu’elle sert à acheter un actif qui peut prendre de la valeur avec le temps.
Cela montre que la confiance envers la propriété est encore présente. Par contre, le chemin pour acheter ou garder une propriété est devenu plus compliqué qu’avant.
Ce que les propriétaires devraient faire avant le renouvellement
Pour les propriétaires qui doivent renouveler bientôt, l’important est de ne pas attendre à la dernière minute.
Avant le renouvellement, il peut être utile de :
- calculer combien le paiement pourrait augmenter;
- vérifier si le budget mensuel peut absorber cette hausse;
- comparer différentes options hypothécaires;
- regarder la durée du terme et le type de taux;
- réduire certaines dettes si possible;
- éviter de prendre de nouveaux gros engagements financiers avant le renouvellement;
- demander conseil avant de signer une nouvelle entente.
Un renouvellement hypothécaire n’est pas seulement une formalité. C’est un moment important pour revoir sa situation financière et s’assurer que le nouveau paiement reste réaliste.
Ce qu’il faut retenir
L’étude de Mortgage Professionals Canada montre que plusieurs propriétaires canadiens, incluant de nombreux ménages au Québec, ont peu de marge dans leur budget.
Les acheteurs récents et les nouveaux arrivants sont particulièrement vulnérables, car plusieurs ont acheté à des prix élevés et doivent maintenant composer avec des paiements plus lourds.
Le rêve de devenir propriétaire reste bien vivant, mais il demande plus de prudence. Avant d’acheter ou de renouveler une hypothèque, il faut regarder plus loin que le taux affiché. Le plus important est de savoir si le paiement reste confortable, même si les conditions changent.