Insolvabilité au Canada : un sommet en 17 ans qui montre la pression sur les ménages
De plus en plus de Canadiens ont de la difficulté à gérer leurs dettes. Selon les données de l’Office du surintendant des faillites, les dossiers d’insolvabilité ont atteint leur plus haut niveau trimestriel depuis 2009.
À la fin du mois de mars 2026, plus de 37 000 Canadiens avaient déposé un dossier d’insolvabilité au cours du trimestre. C’est 8,5 % de plus qu’à la même période l’année précédente.
Ce chiffre ne veut pas dire que tous les ménages sont en crise. Mais il montre clairement que plusieurs familles ont moins de marge dans leur budget. Entre l’épicerie, le logement, les cartes de crédit, les prêts automobiles, les assurances et les taux d’intérêt plus élevés, les dettes deviennent plus difficiles à porter.
Qu’est-ce que l’insolvabilité?
L’insolvabilité signifie qu’une personne n’est plus capable de payer ses dettes comme prévu. Cela peut arriver lorsqu’un ménage accumule trop de paiements mensuels ou lorsqu’un imprévu vient briser un budget déjà serré.
Il existe deux grandes options formelles lorsqu’une personne devient insolvable :
- la proposition de consommateur;
- la faillite personnelle.
La proposition de consommateur permet généralement de négocier un remboursement réduit avec les créanciers, sur une période déterminée. La personne rembourse une partie de ses dettes selon une entente officielle.
La faillite personnelle est une démarche plus lourde. Elle peut permettre d’effacer certaines dettes, mais elle peut aussi avoir des conséquences plus importantes sur les biens, le crédit et la situation financière future.
La majorité des dossiers sont des propositions de consommateur
Selon les données de l’Office du surintendant des faillites, près de 80 % des dossiers déposés étaient des propositions de consommateur. Les faillites représentaient environ 20 % du total.
C’est un détail important. Cela montre que plusieurs personnes ne sont pas nécessairement rendues à tout perdre. Elles cherchent plutôt une façon officielle de reprendre le contrôle de leurs dettes avant que la situation devienne encore plus grave.
En d’autres mots, beaucoup de ménages ont encore un revenu, un emploi ou certains actifs, mais leurs paiements mensuels sont devenus trop lourds.
Pourquoi les dettes deviennent plus difficiles à gérer?
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse des dossiers d’insolvabilité.
Le coût de la vie a beaucoup augmenté dans les dernières années. L’épicerie, le logement, les assurances, les paiements de voiture, les frais de condo et les services essentiels prennent une plus grande place dans le budget.
En même temps, les taux d’intérêt plus élevés rendent certaines dettes plus coûteuses. Les cartes de crédit, les marges de crédit, les prêts personnels et certains renouvellements hypothécaires peuvent coûter plus cher qu’avant.
Pour un ménage qui paie déjà seulement le minimum sur ses cartes de crédit, une petite hausse de dépenses peut suffire à créer un problème.
Les dettes sont plus lourdes au moment de demander de l’aide
Les données montrent aussi que plusieurs personnes attendent longtemps avant de demander de l’aide.
La dette moyenne non hypothécaire liée à un dossier d’insolvabilité a augmenté. Elle se situait autour de 43 300 $ au premier trimestre de 2026, comparativement à environ 40 200 $ deux ans plus tôt.
Chez les propriétaires devenus insolvables, la dette non hypothécaire moyenne était encore plus élevée, à environ 82 400 $. Cela inclut généralement des dettes comme les cartes de crédit, les marges de crédit, les prêts personnels ou les prêts automobiles, mais pas l’hypothèque elle-même.
Cette tendance indique que plusieurs ménages s’endettent davantage avant de reconnaître que la situation n’est plus soutenable.
Les propriétaires ne sont pas à l’abri
Être propriétaire ne protège pas automatiquement contre les difficultés financières. Au contraire, les propriétaires peuvent avoir plusieurs dépenses importantes en même temps.
Ils doivent payer l’hypothèque, les taxes municipales, les taxes scolaires, les assurances, l’entretien, les réparations, l’électricité et parfois les frais de condo.
Au Québec, plusieurs propriétaires qui ont acheté dans les dernières années doivent aussi composer avec des renouvellements hypothécaires plus coûteux. Si le paiement augmente et que les autres dettes sont déjà élevées, le budget peut devenir très serré.
Dans la grande région de Montréal, où le prix des propriétés et le coût de la vie restent élevés, cette pression peut être particulièrement ressentie par les ménages qui ont peu d’épargne de côté.
Les cartes de crédit peuvent aggraver la situation
Les cartes de crédit sont souvent l’un des premiers signes de stress financier. Elles peuvent aider temporairement, mais elles deviennent dangereuses lorsque le solde ne baisse plus.
Si une personne paie seulement le minimum chaque mois, une grande partie du paiement sert souvent à couvrir les intérêts. La dette peut donc rester élevée pendant longtemps.
Utiliser une carte de crédit pour payer l’épicerie, l’essence ou une autre dette peut aussi devenir un signal d’alerte. Cela peut vouloir dire que le revenu mensuel ne suffit plus à couvrir les dépenses normales.
Les signes à surveiller
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être en faillite pour agir. Certains signes peuvent indiquer qu’un ménage approche d’une zone dangereuse.
Voici quelques exemples :
- payer seulement le minimum sur les cartes de crédit pendant plusieurs mois;
- utiliser une carte de crédit ou une marge de crédit pour payer une autre dette;
- ne pas être capable de couvrir une dépense imprévue de 500 $ sans emprunter;
- retarder certains paiements pour en payer d’autres;
- recevoir des appels ou lettres de recouvrement;
- avoir l’impression que les dettes ne baissent jamais;
- utiliser le crédit pour payer des dépenses courantes comme l’épicerie ou l’essence.
Quand ces signes apparaissent, il vaut mieux agir rapidement. Plus on attend, moins les options sont simples.
Que faire avant que la dette devienne incontrôlable?
La première étape est de faire un portrait clair de la situation. Il faut savoir combien on doit, à qui, à quel taux d’intérêt et avec quels paiements mensuels.
Il peut être utile de faire une liste de toutes les dettes :
- cartes de crédit;
- marges de crédit;
- prêts personnels;
- prêts automobiles;
- dettes fiscales;
- paiements en retard;
- autres engagements financiers.
Ensuite, il faut comparer ces paiements avec les revenus réels du ménage. Si les paiements minimums prennent trop de place, il faut chercher une solution avant qu’un paiement soit manqué.
Demander conseil peut éviter une crise
Une consultation avec un professionnel autorisé en insolvabilité peut aider à comprendre les options disponibles. Cela ne veut pas automatiquement dire qu’il faut faire faillite ou déposer une proposition de consommateur.
Dans certains cas, il peut encore être possible de réorganiser le budget, réduire certaines dépenses, négocier avec les créanciers ou consolider certaines dettes.
Dans d’autres cas, une solution plus formelle peut être nécessaire. L’important est de comprendre les conséquences de chaque option avant de prendre une décision.
Un message de prudence pour les ménages québécois
La hausse des dossiers d’insolvabilité ne veut pas dire que tous les ménages sont en difficulté. Mais elle montre que le coussin financier de plusieurs familles est plus mince qu’avant.
Au Québec, le logement prend une grande place dans le budget. Les loyers, les hypothèques, les taxes, les assurances et les frais d’entretien peuvent laisser peu d’espace pour les imprévus.
Dans ce contexte, il est important de garder une marge de sécurité. Même une petite réserve d’urgence peut éviter d’avoir recours au crédit au moindre problème.
Ce qu’il faut retenir
Selon les données de l’Office du surintendant des faillites, les dossiers d’insolvabilité au Canada ont atteint leur niveau trimestriel le plus élevé depuis 2009.
La majorité des dossiers sont des propositions de consommateur, ce qui montre que plusieurs Canadiens cherchent une façon de gérer leurs dettes avant d’arriver à une faillite personnelle.
Le message principal est simple : si les dettes deviennent difficiles à contrôler, il ne faut pas attendre que la situation se détériore. Faire le point, demander conseil et agir tôt peut faire une grande différence.
Dans une période où le coût de la vie reste élevé, la meilleure protection demeure la prévention : connaître ses chiffres, réduire les dettes coûteuses et garder un peu d’espace dans son budget.