Prévision : la Banque du Canada pourrait laisser les taux gelés pendant encore un an
Les Canadiens qui espéraient une nouvelle baisse rapide des taux d’intérêt risquent d’être déçus.
Selon un sondage Reuters réalisé auprès de 35 économistes, la Banque du Canada devrait maintenir son taux directeur à 2,25 % le 2 septembre — et pourrait ensuite le laisser exactement au même niveau pendant encore près d’un an.
Autrement dit, après des années de montagnes russes, le Canada pourrait entrer dans une longue période où les taux ne montent pas… mais ne descendent pas non plus.
Pour les propriétaires, les acheteurs et ceux qui doivent renouveler leur hypothèque, le message est important : attendre une forte baisse des taux pourrait ne plus être une stratégie réaliste.
35 économistes sur 35 prévoient la même chose
Sur un point, le consensus est impressionnant.
Les 35 économistes interrogés par Reuters s’attendent tous à ce que la Banque du Canada maintienne son taux directeur à 2,25 % lors de sa décision du 2 septembre.
Ce serait une nouvelle pause après plusieurs mois sans changement.
Mais surtout, la majorité des prévisions suggèrent que le taux pourrait rester à ce niveau pendant :
- tout le reste de 2026;
- la première moitié de 2027;
- et possiblement jusqu’au troisième trimestre de 2027.
Pas de baisse spectaculaire. Pas de nouvelle vague de soulagement hypothécaire. Beaucoup d’attente.
Et la prochaine décision importante pourrait être… une hausse
Voilà la partie qui risque de surprendre ceux qui attendent encore le retour des taux ultra-bas.
Selon la prévision médiane du sondage, la prochaine véritable modification du taux directeur ne serait pas une baisse.
Ce serait plutôt une hausse à 2,50 % vers la fin de 2027.
Près de la moitié des économistes ayant donné une prévision plus précise — 47 % — pensent même que la Banque du Canada pourrait augmenter son taux au moins une fois d’ici la fin du deuxième trimestre de 2027.
Le scénario “les taux vont forcément continuer à descendre” semble donc perdre sérieusement du terrain.
Pourquoi la Banque du Canada ne bouge-t-elle plus?
Parce qu’elle se retrouve actuellement prise entre deux problèmes complètement opposés.
D’un côté, l’inflation reste suffisamment élevée pour empêcher la banque centrale de réduire les taux facilement.
De l’autre, les tensions commerciales menacent de ralentir l’économie suffisamment pour rendre une hausse de taux risquée.
Monter les taux pourrait faire trop mal à l’économie. Les baisser pourrait relancer l’inflation.
La solution la plus prudente devient donc extrêmement simple : ne rien faire.
L’inflation à 3 % empêche la banque de respirer
En juillet, l’inflation canadienne a atteint 3 %.
C’est important parce que la Banque du Canada cherche généralement à maintenir l’inflation entre 1 % et 3 %, autour d’une cible centrale de 2 %.
Le Canada se trouve donc exactement à la limite supérieure de cette zone.
Une bonne partie de la poussée récente vient de l’énergie, tandis que les mesures d’inflation fondamentale restent relativement stables.
Mais avec une inflation globale déjà à 3 %, la Banque du Canada doit réfléchir deux fois avant de rendre le crédit encore moins cher.
La guerre commerciale complique complètement l’équation
À cette inflation déjà délicate s’ajoute maintenant un autre risque majeur : les tensions commerciales avec les États-Unis.
Les négociations tarifaires entre Ottawa et Washington ont récemment connu un nouvel échec, entraînant de nouvelles mesures de représailles canadiennes et des programmes de soutien pour certaines entreprises touchées.
Pour la Banque du Canada, c’est un véritable casse-tête.
Les tarifs peuvent augmenter certains prix.
Mais ils peuvent aussi ralentir les exportations, les investissements et l’activité économique.
La même guerre commerciale peut donc pousser l’inflation vers le haut tout en poussant la croissance vers le bas.
Le dollar canadien ajoute un autre risque
Les tensions commerciales ont également pesé sur le dollar canadien.
Et lorsqu’un dollar canadien s’affaiblit, plusieurs produits importés coûtent plus cher.
Pourquoi?
Parce qu’il faut davantage de dollars canadiens pour acheter des marchandises facturées en dollars américains ou dans d’autres devises.
Une devise plus faible peut donc finir par augmenter le prix :
- des aliments importés;
- des appareils électroniques;
- des véhicules et pièces automobiles;
- de certains vêtements;
- et de nombreuses marchandises utilisées par les entreprises.
Si le dollar reste faible trop longtemps, la Banque du Canada pourrait se retrouver avec encore plus d’inflation à gérer.
Mais pour l’instant, les tarifs pourraient surtout faire mal à l’économie
Malgré ce risque inflationniste, plusieurs économistes pensent que les tensions commerciales auront d’abord un effet négatif sur la croissance.
Les entreprises exportatrices peuvent vendre moins.
Les investissements peuvent être reportés.
Les employeurs peuvent devenir plus prudents.
Et lorsque l’incertitude augmente, les consommateurs peuvent eux aussi réduire leurs dépenses.
C’est précisément ce ralentissement potentiel qui empêche la Banque du Canada d’envisager facilement une hausse immédiate des taux.
L’économie canadienne vient pourtant de montrer des signes de reprise
Le contexte serait plus simple si l’économie était clairement en récession.
Mais ce n’est pas le cas.
Selon les estimations citées, l’économie canadienne aurait progressé à un rythme annualisé d’environ 3,4 % au dernier trimestre, après une période beaucoup plus difficile.
C’est une reprise importante.
Et si l’économie continue de résister mieux que prévu, la Banque du Canada pourrait éventuellement commencer à se demander si un taux de 2,25 % reste suffisamment élevé pour contrôler l’inflation.
Voilà pourquoi certains économistes parlent déjà d’une hausse en 2027 plutôt que d’une nouvelle baisse.
Pour les détenteurs d’un taux variable : le soulagement pourrait s’arrêter ici
Les propriétaires ayant une hypothèque variable ont profité directement des baisses du taux directeur observées auparavant.
Mais si la Banque du Canada maintient son taux à 2,25 % pendant encore un an, leurs paiements risquent eux aussi de rester pratiquement figés.
Pas de nouvelle hausse immédiate, ce qui est évidemment positif.
Mais pas de baisse supplémentaire non plus.
Pour un ménage qui attendait encore 0,50 % ou 1 % de réduction afin de retrouver davantage de marge dans son budget, la patience pourrait être mise à rude épreuve.
Pour les taux fixes : ne regardez pas seulement la Banque du Canada
Les détenteurs ou futurs détenteurs d’un taux fixe doivent toutefois se rappeler une chose importante.
Les taux hypothécaires fixes ne suivent pas directement le taux directeur.
Ils dépendent surtout des rendements obligataires, qui peuvent bouger selon :
- les attentes d’inflation;
- les déficits gouvernementaux;
- les taux américains;
- la croissance économique;
- et les anticipations concernant les futures décisions des banques centrales.
Il est donc parfaitement possible que la Banque du Canada reste immobile pendant plusieurs mois alors que certains taux fixes continuent malgré tout de monter ou de descendre.
Renouvellement hypothécaire : attendre la prochaine baisse pourrait devenir un mauvais pari
Pour les propriétaires qui doivent renouveler prochainement, cette prévision change légèrement la stratégie.
Si les économistes ont raison et que le taux directeur reste stable jusqu’en 2027, attendre quelques mois dans l’espoir d’une baisse spectaculaire pourrait ne rien apporter.
Pire : si les marchés commencent à anticiper une future hausse de taux, certains taux fixes pourraient même devenir moins intéressants.
Le renouvellement devrait donc être analysé selon votre budget réel, pas uniquement selon l’espoir de deviner la prochaine décision de la Banque du Canada.
Et pour les acheteurs, la stabilité ne signifie pas nécessairement de meilleures aubaines
Un taux directeur stable apporte de la prévisibilité.
Mais il ne règle pas automatiquement le problème du prix des propriétés.
Dans plusieurs régions du Canada, notamment au Québec, les prix ont continué d’augmenter même pendant que le marché national ralentissait.
Un acheteur qui attend un an dans l’espoir d’obtenir un taux inférieur pourrait donc découvrir que son hypothèque coûte légèrement moins cher… mais que la propriété qu’il voulait acheter coûte maintenant davantage.
Le taux n’est qu’une moitié de l’équation. Le prix d’achat compte tout autant.
Le Québec pourrait rester particulièrement sensible à cette longue pause
Pour les acheteurs québécois, cette perspective mérite une attention particulière.
Dans plusieurs marchés de la province, les prix ont mieux résisté que dans certaines régions de l’Ontario ou de la Colombie-Britannique.
Si les taux restent stables et que la demande continue d’être relativement solide, le marché pourrait rester actif sans bénéficier d’une forte amélioration de l’abordabilité.
Une longue pause de la Banque du Canada ne signifie donc pas nécessairement une longue pause dans les prix immobiliers.
La Banque du Canada semble maintenant condamnée à attendre
La situation actuelle est presque parfaitement équilibrée… mais pas dans le bon sens.
L’inflation empêche de baisser facilement les taux.
Les tensions commerciales rendent une hausse dangereuse.
La croissance économique semble revenir.
Le dollar canadien ajoute un risque inflationniste.
Et l’incertitude entourant le commerce avec les États-Unis reste élevée.
Dans ce contexte, maintenir le taux à 2,25 % pourrait devenir la solution la moins risquée pendant de nombreux mois.
Prévision : les taux pourraient rester bloqués bien plus longtemps que plusieurs l’espéraient
Pour les Canadiens endettés, le nouveau scénario est donc beaucoup moins spectaculaire que les grandes hausses et baisses des dernières années.
Mais il pourrait être tout aussi important.
Le taux directeur pourrait rester à 2,25 % jusqu’à la deuxième moitié de 2027.
Et la prochaine modification pourrait même être une hausse vers 2,50 %.
Ce n’est pas la catastrophe. Mais ce n’est certainement pas le grand retour de l’argent bon marché que plusieurs propriétaires et acheteurs attendaient.
Après des années à se demander jusqu’où les taux allaient monter ou descendre, la question pourrait maintenant devenir beaucoup plus frustrante :
combien de temps vont-ils simplement rester là?