Banque du Canada : la guerre commerciale brouille complètement la prochaine décision sur les taux
La Banque du Canada pensait peut-être pouvoir rester tranquille encore un moment. Puis la guerre commerciale avec les États-Unis est revenue frapper à la porte.
À l’approche de sa prochaine décision sur les taux d’intérêt, la banque centrale se retrouve maintenant coincée entre deux dangers complètement opposés.
D’un côté, de nouveaux tarifs pourraient faire grimper les prix et raviver l’inflation.
De l’autre, la détérioration des relations commerciales avec les États-Unis pourrait ralentir suffisamment l’économie pour justifier éventuellement une baisse des taux.
Monter les taux pourrait faire encore plus mal à l’économie. Les baisser trop rapidement pourrait rallumer l’inflation.
Et pour l’instant, presque tout indique que la Banque du Canada choisira encore une fois l’option la moins risquée : ne rien faire.
Le taux directeur est toujours bloqué à 2,25 %
La Banque du Canada maintient son taux directeur à 2,25 % depuis près d’un an.
Avant la récente détérioration des relations commerciales avec les États-Unis, les économistes prévoyaient déjà que ce taux resterait probablement inchangé pendant plusieurs mois, possiblement jusqu’en 2027.
Mais les nouvelles mesures tarifaires viennent de compliquer sérieusement ce scénario.
La banque centrale n’a maintenant plus seulement à surveiller l’inflation et l’économie canadienne. Elle doit aussi essayer de deviner jusqu’où ira la confrontation avec Washington.
Les États-Unis imposent des tarifs de 50 % sur une partie des exportations canadiennes
Le 22 août, les États-Unis ont imposé des tarifs de 50 % sur environ 5 % des exportations canadiennes.
Le Canada prévoit répondre avec ses propres contre-tarifs à partir du 8 septembre.
Et ce n’est peut-être que le début.
Washington menace également d’imposer des tarifs encore plus élevés sur les automobiles et les pièces automobiles à compter du 1er janvier 2027.
Pour une économie canadienne profondément liée aux États-Unis, le risque est loin d’être négligeable.
Les marchés pensent presque unanimement que la Banque ne bougera pas
Malgré toute cette incertitude, les investisseurs ne s’attendent pratiquement pas à une surprise immédiate.
À la fin de la semaine dernière, les marchés attribuaient une probabilité d’environ 99 % à une nouvelle pause du taux directeur.
Ce serait une septième décision consécutive sans changement.
Pourquoi autant de prudence?
Parce que la Banque du Canada évite généralement de modifier ses taux lorsqu’elle pense devoir inverser sa décision quelques mois plus tard.
Dans un environnement aussi imprévisible, attendre de voir les dégâts avant d’agir devient presque une stratégie en soi.
Le cauchemar de la Banque : inflation d’un côté, ralentissement économique de l’autre
La situation actuelle ressemble à un véritable piège.
Les tarifs imposés sur certains produits importés peuvent faire augmenter les prix.
Le Canada répond avec ses propres tarifs, ce qui peut également rendre certaines marchandises américaines plus coûteuses ici.
Cette combinaison peut alimenter l’inflation.
Mais en même temps, une guerre commerciale peut réduire :
- les exportations canadiennes;
- les investissements des entreprises;
- les embauches;
- la confiance des consommateurs;
- et la croissance économique.
La Banque du Canada pourrait donc devoir combattre une hausse des prix au moment même où l’économie commence à perdre de la vitesse.
L’économie canadienne vient pourtant de surprendre
Le dilemme serait beaucoup plus simple si l’économie était déjà en forte contraction.
Mais les dernières données ont montré exactement l’inverse.
L’économie canadienne a enregistré au deuxième trimestre sa croissance la plus rapide depuis plus de trois ans, après une longue période de faiblesse.
Sur papier, ce genre de performance pourrait normalement pousser la Banque du Canada à envisager éventuellement des taux plus élevés.
Mais plusieurs économistes pensent que cette vigueur sera difficile à maintenir.
La guerre commerciale pourrait transformer rapidement ce rebond économique en simple parenthèse.
Le véritable danger n’est peut-être même pas le tarif lui-même
Pour les entreprises, l’incertitude peut parfois être aussi dommageable que le tarif.
Imaginez une entreprise canadienne qui veut investir des dizaines de millions de dollars dans une nouvelle usine.
Avant de signer, elle doit se demander :
- les tarifs seront-ils encore là dans six mois?
- seront-ils doublés?
- les États-Unis ajouteront-ils de nouveaux produits?
- le Canada répondra-t-il avec d’autres mesures?
- les règles du commerce changeront-elles encore l’année prochaine?
Devant autant d’inconnues, plusieurs entreprises peuvent simplement repousser leurs investissements.
Et lorsqu’on reporte les investissements, on reporte aussi souvent les embauches et la croissance.
Un scénario qui rappelle déjà 2025
Certains économistes craignent que la deuxième moitié de 2026 ressemble aux premiers mois de la guerre commerciale de 2025.
À cette époque, l’incertitude entourant les tarifs avait pesé lourdement sur les décisions des entreprises.
Le problème n’était pas seulement de savoir combien coûteraient les nouvelles taxes.
C’était de ne pas savoir quelles règles seraient encore en vigueur quelques semaines plus tard.
Si ce climat revient, l’économie canadienne pourrait ralentir beaucoup plus rapidement que ne le suggèrent les excellents chiffres du deuxième trimestre.
Et l’inflation reste déjà à 3 %
La Banque du Canada ne peut toutefois pas simplement regarder la croissance.
L’inflation annuelle atteignait encore 3 % en juillet.
C’est exactement la limite supérieure de la fourchette de 1 % à 3 % utilisée par la banque centrale autour de sa cible de 2 %.
Une bonne partie de la récente volatilité vient de l’essence.
Mais les prix de l’énergie restent particulièrement sensibles au conflit au Moyen-Orient.
Si l’énergie recommence à grimper fortement pendant que les tarifs poussent d’autres prix à la hausse, la Banque du Canada pourrait perdre rapidement sa marge de manœuvre.
La guerre au Moyen-Orient reste un autre énorme risque
Depuis plusieurs mois, la Banque du Canada surveille attentivement les prix de l’énergie.
Son inquiétude est relativement simple à comprendre.
Une hausse temporaire du prix de l’essence est une chose.
Mais si cette hausse commence ensuite à augmenter les coûts de transport, d’alimentation, de voyages et de production, l’inflation peut se propager beaucoup plus largement.
Dans ce scénario, la banque centrale pourrait devoir relever les taux pour empêcher l’inflation de repartir.
Et voilà pourquoi elle ne peut pas simplement réduire les taux dès que la guerre commerciale ralentit l’économie.
Les contre-tarifs canadiens peuvent eux aussi finir sur votre facture
À partir du 8 septembre, le Canada prévoit imposer ses propres tarifs sur certains produits américains.
En théorie, cela augmente le coût d’importation de ces produits.
Mais les consommateurs ne paieront pas nécessairement automatiquement toute la différence.
Dans une économie faible, certaines entreprises peuvent décider d’absorber une partie du coût afin de ne pas perdre leurs clients.
Leurs marges de profit diminuent alors plutôt que les prix de monter complètement.
La question essentielle devient donc : qui paiera réellement la guerre commerciale — les consommateurs ou les entreprises?
Une baisse de taux pourrait revenir sur la table si l’économie craque
Dans le scénario de base de certains économistes, l’économie canadienne continuerait de progresser jusqu’en 2027, mais à un rythme légèrement inférieur à ce qui était prévu avant la nouvelle escalade tarifaire.
Dans ce cas, le taux directeur pourrait rester à 2,25 % pendant toute l’année 2027.
Mais si les choses tournent beaucoup plus mal, le scénario change rapidement.
Si les données montrent une détérioration marquée de l’emploi, de la consommation ou de la croissance, une baisse pouvant atteindre 0,50 point de pourcentage pourrait devenir possible.
Le taux directeur pourrait alors redescendre vers 1,75 %.
Étrangement, la prochaine surprise semble davantage être une baisse qu’une hausse
Sans la nouvelle guerre tarifaire, les solides données économiques du deuxième trimestre auraient pu renforcer le scénario d’une future hausse des taux.
Mais les menaces commerciales viennent de changer le calcul.
Plusieurs économistes pensent maintenant que la Banque du Canada pourrait profiter de sa prochaine annonce pour indiquer clairement qu’elle reste davantage prête à baisser les taux qu’à les augmenter.
Pas immédiatement.
Pas nécessairement cette année.
Mais si l’économie commence à céder sous la pression commerciale.
Une pause pourrait donc cacher un message beaucoup plus important : la prochaine direction des taux pourrait de nouveau être vers le bas.
Qu’est-ce que cela signifie pour les propriétaires à taux variable?
Dans l’immédiat, probablement rien.
Si la Banque du Canada maintient son taux à 2,25 %, les taux préférentiels des banques devraient eux aussi rester stables.
Les détenteurs d’une hypothèque variable ne devraient donc pas voir leur paiement changer à la suite de cette décision.
Mais les prochains mois deviennent beaucoup plus intéressants.
Si la guerre commerciale affaiblit sérieusement l’économie, les détenteurs de taux variables pourraient éventuellement profiter de nouvelles baisses.
À l’inverse, si les tarifs et l’énergie relancent l’inflation, ce soulagement pourrait disparaître.
Et pour les taux fixes? Encore une autre histoire
Les taux fixes ne dépendent pas directement du taux directeur de la Banque du Canada.
Ils sont fortement influencés par les marchés obligataires.
Et ces marchés réagissent non seulement à l’économie canadienne, mais aussi aux États-Unis, à l’inflation mondiale, aux déficits et aux tensions géopolitiques.
La Banque du Canada pourrait donc maintenir son taux ou même envisager une baisse pendant que certains taux hypothécaires fixes restent élevés.
Voilà pourquoi la prochaine décision ne donnera pas nécessairement une réponse simple aux acheteurs qui cherchent le meilleur taux.
Pour le marché immobilier, toute cette incertitude peut refroidir les acheteurs
L’immobilier fonctionne beaucoup mieux lorsque les ménages ont une certaine visibilité.
Quel sera mon taux?
Mon emploi est-il stable?
Les prix vont-ils continuer de monter?
Mon entreprise risque-t-elle d’être touchée par les tarifs?
Lorsque personne ne connaît la réponse à ces questions, plusieurs acheteurs préfèrent attendre.
Et parfois, ce n’est pas le taux lui-même qui ralentit le marché immobilier. C’est l’incertitude autour de ce taux.
Le Québec ne sera pas à l’abri
Pour le Québec, la situation commerciale est particulièrement importante en raison de l’intégration profonde de plusieurs industries avec le marché américain.
Si les entreprises exportatrices ralentissent leurs investissements ou leurs embauches, certaines régions pourraient ressentir les effets sur l’emploi et la confiance des ménages.
Cela pourrait à son tour influencer le marché immobilier.
À l’inverse, si les tensions s’apaisent rapidement, la croissance pourrait mieux résister et les prix immobiliers pourraient conserver davantage de vigueur.
Encore une fois, le sort des hypothèques et du marché immobilier québécois pourrait dépendre en partie de décisions prises à Washington.
La Banque du Canada est prise au piège
Rarement la décision de simplement maintenir les taux aura semblé aussi compliquée.
L’économie vient de connaître un solide rebond.
L’inflation est encore à 3 %.
La guerre au Moyen-Orient maintient les prix de l’énergie sous surveillance.
Les tarifs américains menacent les exportations.
Les contre-tarifs canadiens pourraient faire monter certains prix.
Et personne ne sait jusqu’où ira la nouvelle confrontation commerciale.
Dans ce contexte, une nouvelle pause à 2,25 % semble presque certaine. Mais derrière cette apparente stabilité, les risques s’accumulent dans toutes les directions.
Taux d’intérêt : le calme de mercredi pourrait être trompeur
La prochaine annonce de la Banque du Canada pourrait donc sembler particulièrement ennuyante.
Taux directeur : 2,25 %.
Aucun changement.
Encore une pause.
Mais ce serait une erreur de croire que rien ne se passe.
La banque centrale se prépare peut-être déjà à choisir entre deux scénarios complètement opposés : couper les taux pour sauver la croissance ou les maintenir élevés pour empêcher l’inflation de repartir.
Pour les propriétaires et les acheteurs, la vraie question n’est donc probablement plus ce que la Banque du Canada fera cette semaine.
La vraie question est ce que la guerre commerciale l’obligera à faire dans les prochains mois.