Retards hypothécaires au Canada : de plus en plus de ménages peinent à suivre leurs paiements
Les retards hypothécaires continuent d’augmenter au Canada. Selon les données de l’Association des banquiers canadiens, le nombre de prêts hypothécaires en retard de 90 jours ou plus a encore progressé en mai.
Le taux demeure faible en apparence, mais la tendance est préoccupante. Depuis 2022, la proportion de prêts hypothécaires en retard a plus que doublé.
En termes simples, de plus en plus de propriétaires ont de la difficulté à suivre leurs paiements, surtout après plusieurs années de hausse des taux, de prix élevés et de budgets familiaux plus serrés.
Le taux de retard se rapproche d’un sommet de près de 10 ans
En mai, le taux de prêts hypothécaires en retard a atteint 0,29 % au Canada.
Cela peut sembler très bas, mais il faut regarder la direction du mouvement. En 2022, ce taux avait atteint un creux historique de 0,14 %. Il a donc plus que doublé depuis.
Le niveau actuel est le plus élevé depuis août 2016. La différence, c’est qu’en 2016, la hausse avait été temporaire. Cette fois-ci, la progression semble plus graduelle et plus persistante.
Plus de 14 000 hypothèques sont en retard
Selon les données de l’Association des banquiers canadiens, 14 061 prêts hypothécaires étaient en retard d’au moins 90 jours en mai.
C’est une hausse de 2,3 % par rapport au mois précédent et de 27,2 % par rapport à l’an dernier.
Ce rythme de croissance rappelle des périodes économiques plus difficiles, notamment celles observées autour de la crise financière de 2008 à 2010.
Il ne faut pas conclure que tous les propriétaires sont en difficulté. La majorité des ménages continuent de payer leur hypothèque. Mais la hausse des retards montre que la pression financière augmente pour une partie des propriétaires.
Pourquoi les retards augmentent-ils?
Plusieurs facteurs expliquent cette situation.
D’abord, plusieurs propriétaires renouvellent leur hypothèque à des taux plus élevés que ceux obtenus pendant la période des taux très bas. Même si le solde de l’hypothèque n’a pas changé énormément, le paiement mensuel peut devenir beaucoup plus lourd.
Ensuite, le coût de la vie demeure élevé. L’épicerie, les assurances, les taxes municipales, les frais de condo, l’énergie et les paiements de dettes prennent plus de place dans le budget.
Enfin, le marché de l’emploi est moins solide qu’avant dans certains secteurs. Quand les revenus deviennent moins stables, le paiement hypothécaire peut rapidement devenir difficile à maintenir.
Les banques détiennent moins d’hypothèques qu’avant
Un autre détail important ressort des données : les grandes banques canadiennes détiennent maintenant moins de prêts hypothécaires qu’au sommet de 2022.
En mai, elles détenaient environ 4,93 millions d’hypothèques. C’est 40 300 de moins qu’un an plus tôt et environ 190 600 de moins que le sommet atteint en août 2022.
Le nombre d’hypothèques détenues par les banques est maintenant à son plus bas niveau depuis octobre 2020.
Cela montre que le boom hypothécaire lié aux faibles taux de 2020 s’est en grande partie effacé.
La réalité pourrait être pire que les chiffres officiels
Les données de l’Association des banquiers canadiens couvrent surtout les prêts détenus par les banques.
Mais certains emprunteurs plus risqués peuvent être dirigés vers d’autres types de prêteurs, comme des prêteurs alternatifs ou privés. Ces prêts sont parfois moins visibles dans les statistiques bancaires traditionnelles.
Cela signifie que les chiffres officiels peuvent sous-estimer une partie du problème. Les retards observés dans les banques donnent déjà un signal inquiétant, mais la pression réelle dans l’ensemble du marché hypothécaire pourrait être plus importante.
Pourquoi c’est important pour le Québec?
Au Québec, plusieurs propriétaires ont acheté à des prix élevés dans les dernières années, notamment dans la grande région de Montréal, à Laval, sur la Rive-Nord, sur la Rive-Sud et dans la région de Québec.
Comme les prix ont moins reculé qu’en Ontario ou en Colombie-Britannique, plusieurs ménages québécois n’ont pas profité d’une grande baisse de prix. Les paiements restent donc élevés, surtout pour ceux qui ont acheté récemment ou qui doivent renouveler leur hypothèque.
La hausse des taxes municipales, des assurances habitation et des frais de condo peut aussi ajouter de la pression au paiement hypothécaire.
Le renouvellement hypothécaire reste un moment critique
Pour plusieurs propriétaires, le vrai choc arrive au renouvellement.
Un ménage qui avait obtenu une hypothèque à faible taux il y a quelques années peut se retrouver avec un paiement plus élevé au moment de renouveler. Même une hausse qui semble raisonnable sur papier peut devenir lourde lorsqu’elle s’ajoute aux autres dépenses du ménage.
C’est pourquoi il est important de préparer son renouvellement plusieurs mois d’avance.
Il faut vérifier son nouveau paiement possible, comparer les options, revoir son budget et éviter de prendre de nouvelles dettes avant le renouvellement.
Les signes qu’un ménage doit agir rapidement
Un propriétaire ne devrait pas attendre d’être en retard de plusieurs mois avant de demander de l’aide.
Certains signes montrent qu’il faut agir rapidement :
- les cartes de crédit servent à payer les dépenses courantes;
- le solde des dettes augmente chaque mois;
- le paiement hypothécaire devient difficile à faire;
- les paiements minimums sont faits avec retard;
- l’épargne d’urgence est presque épuisée;
- le renouvellement approche et le nouveau paiement semble trop élevé;
- un revenu du ménage a diminué ou est devenu moins stable.
Plus on agit tôt, plus il y a d’options. Attendre peut réduire les solutions disponibles.
Ce que les propriétaires peuvent faire
Un propriétaire qui sent que son budget devient trop serré devrait commencer par faire un portrait complet de sa situation.
Il faut regarder le paiement hypothécaire, les taxes, les assurances, les frais de condo, les dettes, les dépenses essentielles et le revenu disponible.
Ensuite, il peut être utile de :
- contacter son prêteur avant de manquer un paiement;
- demander si des options temporaires existent;
- comparer les offres avant un renouvellement;
- réduire les dettes à intérêt élevé;
- éviter de financer une voiture ou de nouveaux achats importants;
- consulter un courtier hypothécaire ou un conseiller budgétaire au besoin.
Ce que cela signifie pour le marché immobilier
La hausse des retards hypothécaires ne veut pas dire que le marché immobilier va automatiquement chuter.
Mais elle montre que certains propriétaires sont plus vulnérables qu’avant. Si la pression financière continue, certains ménages pourraient devoir vendre, refinancer ou revoir leurs projets.
Pour les acheteurs, cela peut parfois créer plus d’occasions dans certains marchés. Mais il faut rester prudent : acheter une propriété doit toujours se faire avec une marge de sécurité.
Pour les vendeurs, cela signifie que les acheteurs sont plus sensibles au prix et aux paiements mensuels. Une propriété trop chère peut rester plus longtemps sur le marché.
Ce qu’il faut retenir
Selon les données de l’Association des banquiers canadiens, le taux de prêts hypothécaires en retard a atteint 0,29 % en mai. Plus de 14 000 hypothèques étaient en retard de 90 jours ou plus.
Le taux reste bas en apparence, mais il a plus que doublé depuis 2022 et se rapproche d’un sommet de près de 10 ans.
Pour les ménages québécois, le message est clair : les renouvellements hypothécaires, les paiements plus élevés et le coût de la vie exigent une planification prudente.
Un retard hypothécaire ne commence pas toujours par un paiement manqué. Il commence souvent par un budget qui devient trop serré mois après mois. Plus les propriétaires agissent tôt, meilleures sont leurs chances de trouver une solution avant que la situation devienne critique.