Renouvellements hypothécaires : les propriétaires tiennent le coup… mais au prix de lourds sacrifices
La catastrophe hypothécaire que plusieurs redoutaient ne s’est pas produite. Du moins, pas encore.
Alors qu’une nouvelle vague de renouvellements touche les propriétaires qui avaient obtenu leur prêt pendant l’époque des taux extrêmement bas, un nouveau sondage montre que la majorité réussit jusqu’ici à absorber la hausse des paiements.
Mais derrière cette apparente résistance se cache une réalité beaucoup moins rassurante : de nombreux ménages doivent couper ailleurs, prolonger leur hypothèque ou jongler avec un budget de plus en plus serré.
Autrement dit, les propriétaires ne s’effondrent pas… mais plusieurs encaissent le choc de plein fouet.
38 % des propriétaires s’attendent encore à une hausse de paiement
Selon un sondage de Royal LePage, 38 % des Canadiens qui doivent renouveler leur hypothèque s’attendent à voir leur paiement augmenter.
C’est toutefois beaucoup moins qu’au début de 2025.
À ce moment-là, environ 57 % des propriétaires qui approchaient de leur renouvellement anticipaient une hausse.
Cette diminution suggère que le pire du choc hypothécaire commence peut-être à passer pour certains ménages.
Mais pour ceux qui doivent encore renouveler à un taux supérieur à celui obtenu il y a quelques années, la facture peut rester brutale.
Trois propriétaires sur quatre disent que la hausse fera mal
Parmi ceux qui s’attendent à payer davantage après leur renouvellement, 76 % affirment que cette hausse exercera une pression financière sur leur ménage.
Ce chiffre est difficile à ignorer.
Une famille peut continuer à effectuer tous ses paiements à temps tout en étant beaucoup plus fragile financièrement qu’avant.
Et c’est exactement ce que semblent montrer les résultats.
Plus de la moitié des propriétaires touchés prévoient réduire leurs dépenses non essentielles afin de pouvoir absorber leur nouveau paiement hypothécaire.
Cela peut signifier moins de restaurants, moins de voyages, moins de loisirs, moins d’achats importants et parfois moins d’épargne.
L’hypothèque est payée, mais tout le reste du budget doit s’ajuster.
La plupart refusent toutefois de vendre ou de déménager
Malgré la pression financière, près des trois quarts des propriétaires dont le renouvellement approche ne prévoient pas modifier leur situation résidentielle.
Ils ne pensent donc ni vendre leur propriété, ni déménager, ni changer radicalement leur mode de vie immobilier.
C’est un signe important.
Les propriétaires semblent préférer couper ailleurs dans leur budget plutôt que d’abandonner leur maison.
Pour plusieurs familles, la propriété demeure la dépense prioritaire à protéger, même lorsque cela exige des sacrifices importants.
La vague de défauts de paiement redoutée n’est pas arrivée
Lorsque les taux d’intérêt ont commencé à grimper rapidement après la pandémie, plusieurs observateurs craignaient une explosion des défauts hypothécaires.
Le scénario était simple : des propriétaires ayant acheté avec des taux extrêmement bas allaient renouveler beaucoup plus cher et certains ne pourraient plus suivre.
Jusqu’ici, ce scénario ne s’est pas généralisé.
Les taux de défaillance hypothécaire au Canada demeurent faibles comparativement à ceux de plusieurs autres pays développés.
La grande vague de propriétaires incapables de payer leur hypothèque ne s’est donc pas matérialisée.
Mais cela ne veut pas dire que tout va bien.
Certains propriétaires doivent étirer leur hypothèque
Le sondage montre que 8 % des répondants ont prolongé leur période d’amortissement.
En termes simples, cela signifie qu’ils ont choisi de rembourser leur hypothèque sur une période plus longue afin de réduire leur paiement mensuel.
Cette stratégie peut soulager le budget immédiatement.
Mais elle a un prix.
Plus l’hypothèque est étalée longtemps, plus le propriétaire risque de payer des intérêts pendant de nombreuses années supplémentaires.
La mensualité devient plus facile à supporter, mais le coût total du prêt peut augmenter considérablement.
6 % ont déjà manqué ou reporté un paiement
C’est probablement le chiffre le plus inquiétant du sondage.
Environ 6 % des répondants disent avoir manqué ou reporté au moins un paiement hypothécaire pendant leur terme actuel.
Parmi ceux qui ont connu cette situation, 19 % indiquent que leur prêt est demeuré en souffrance pendant au moins 90 jours.
Ce groupe reste minoritaire.
Mais il montre qu’une partie des propriétaires se trouve déjà dans une situation financière beaucoup plus précaire.
Et lorsqu’un ménage commence à manquer des paiements hypothécaires, la marge de manœuvre devient extrêmement mince.
Pourquoi les renouvellements font encore aussi mal
Pour comprendre le problème, il faut revenir quelques années en arrière.
Pendant la pandémie, le taux directeur de la Banque du Canada était descendu jusqu’à 0,25 %.
Les taux hypothécaires avaient alors atteint des niveaux exceptionnellement bas.
Des milliers de Canadiens avaient acheté ou renouvelé leur propriété dans des conditions de financement qu’on ne voit normalement que très rarement.
Mais la situation a ensuite complètement changé.
Le taux directeur a grimpé jusqu’à 5 % en 2023, avant de redescendre graduellement.
Il se situe maintenant à 2,25 %.
Le problème est que 2,25 % reste très loin des conditions ultra-avantageuses de la pandémie.
Pour plusieurs ménages, renouveler aujourd’hui signifie donc encore remplacer un ancien taux extrêmement bas par un taux beaucoup plus élevé.
Une hausse de quelques centaines de dollars peut bouleverser tout un budget
Lorsqu’on parle d’hypothèque, quelques points de pourcentage peuvent représenter une énorme différence.
Sur un prêt de plusieurs centaines de milliers de dollars, une hausse du taux peut facilement ajouter des centaines de dollars au paiement mensuel.
Une famille qui payait 2 000 $ par mois peut soudainement devoir trouver 300 $, 500 $ ou davantage chaque mois.
Et cet argent doit venir de quelque part.
Souvent, il est pris sur :
- l’épargne;
- les loisirs;
- les vacances;
- les rénovations;
- les sorties;
- ou les achats reportés.
C’est ainsi qu’un ménage peut continuer à payer son hypothèque tout en devenant beaucoup plus vulnérable financièrement.
Le marché immobilier pourrait ressentir les effets indirectement
Le fait que la majorité des propriétaires continuent de payer leur hypothèque évite pour l’instant une vague de ventes forcées.
C’est important pour le marché immobilier.
Si des milliers de ménages étaient contraints de vendre rapidement, l’offre de propriétés pourrait augmenter brutalement et exercer une pression importante sur les prix.
Ce scénario ne semble pas se produire à grande échelle.
Mais les conséquences peuvent apparaître ailleurs.
Un propriétaire qui coupe ses dépenses pour payer son hypothèque consomme moins.
Et lorsque des centaines de milliers de ménages font la même chose, cela peut finir par ralentir l’économie dans son ensemble.
Au Québec aussi, les renouvellements doivent être préparés longtemps d’avance
Pour les propriétaires québécois dont le terme arrive à échéance dans les prochains mois, attendre la lettre de renouvellement de la banque avant de faire les calculs peut être une erreur coûteuse.
Il est préférable de connaître à l’avance :
- le solde restant de l’hypothèque;
- le nouveau paiement probable;
- les taux offerts pour différents termes;
- la possibilité de changer d’institution;
- et l’impact réel sur le budget familial.
Un renouvellement n’est plus une simple formalité administrative. Il peut modifier complètement les finances d’un ménage pour les trois à cinq prochaines années.
La crise évitée… mais au prix d’un important resserrement financier
Les données apportent donc une bonne et une mauvaise nouvelle.
La bonne : les défauts hypothécaires massifs que plusieurs craignaient n’ont pas eu lieu.
La mauvaise : beaucoup de propriétaires réussissent à tenir uniquement parce qu’ils coupent ailleurs, réorganisent leurs dettes ou étirent leur remboursement.
Cela ressemble moins à une catastrophe qu’à une lente compression des finances familiales.
Et cette pression peut durer longtemps.
Les propriétaires tiennent bon… mais jusqu’à quand?
Le marché canadien a jusqu’ici résisté à l’un des plus importants chocs de taux d’intérêt des dernières décennies.
La plupart des ménages continuent de payer.
La majorité ne prévoit pas vendre.
Les défauts restent relativement rares.
Mais derrière cette stabilité se cachent des familles qui réduisent leurs dépenses, repoussent leurs projets et consacrent une part grandissante de leur revenu à leur maison.
La grande crise hypothécaire annoncée n’est peut-être jamais arrivée.
Mais pour de nombreux propriétaires, la bataille pour conserver leur équilibre financier est bien réelle.
Et tant que les derniers renouvellements de l’époque des taux ultra-bas ne seront pas passés, il sera probablement trop tôt pour déclarer que le danger est complètement derrière nous.